Vulnera – 3 – Mémoire éclatée

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Hermione Granger, et les autres…

Mémoire éclatée

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C’est une migraine lancinante qui le tira de sa torpeur. Il ouvrit lentement les yeux et les referma aussitôt, ébloui par l’éclat du soleil estival qui perçait les frondaisons, au-dessus de lui. Les rouvrant avec précaution, il jeta un regard intrigué autour de lui. Il était étendu sur un moelleux tapis de mousse, au pied d’un grand arbre qui se dressait au centre d’une petite clairière. Seul le chant des oiseaux troublait la tranquillité de l’endroit. A première vue, il était toujours dans la forêt interdite, mais… Les sourcils froncés, il se demandait comment il se faisait qu’il ne soit plus sous le buisson sous lequel il s’était réfugié, quelques… minutes ? Heures ? Plus tôt. Il faisait grand jour maintenant, l’air était étonnamment limpide et doux. Serein. Et… il se sentait l’esprit léger. C’était une impression très étrange, presque dérangeante, après tous ces mois de froid, de grisaille, d’atmosphère oppressante, due aux Détraqueurs qui rôdaient dans tout le pays depuis près d’un an.

Contre toute attente, il semblait qu’il soit toujours en vie, et c’était encore ce qui l’étonnait le plus. Lentement, il porta une main hésitante à son cou, et la retira vivement, comme s’il s’était brûlé, en tâtant la peau lisse et intacte de sa gorge. Pour le coup, il était tout à fait réveillé, maintenant, et il se rendit compte qu’hormis son mal de tête, il ne ressentait aucune autre douleur. Un coup d’œil sur ses mains lui confirma qu’elles ne portaient pas l’ombre d’une égratignure, et une main passée sur son visage qu’il était rasé de frais. Ses vêtements aussi, étaient propres et intacts et… coupés dans un tissu bien différent de ce dont il avait l’habitude. Plus souple, plus léger, plus confortable. Il se sentait en bien meilleure forme qu’il ne l’avait été depuis… En fait, il n’avait pas le souvenir de s’être jamais senti aussi bien, et même sa migraine commençait à s’estomper.

Il n’aurait jamais osé envisager que le délire engendré par son agonie puisse être aussi agréable… à moins qu’il n’ait finalement été mort, et dans ce cas, la mort ressemblait diablement à la vie, comme le lui confirma la brindille qu’il reçut sur la tête à ce moment-là. C’est alors qu’il commença à envisager le fait que tout compte fait, il était peut-être vraiment encore vivant. Mais si c’était le cas, par quel prodige tout cela était-il possible ?

Soudain, un flash lumineux déchira son esprit d’une douleur incandescente, tandis que l’écho d’une voix résonnait dans son crâne.

« Ad… d.. Sev… us… us… us… »

Il porta une main à son front, tout en crispant les doigts de l’autre dans la mousse qui recouvrait le sol, refusant de céder à l’étourdissement qui s’était emparé de lui. Le cœur au bord des lèvres, il serra les dents et respira  à fond, en renforçant autour de son esprit, le rempart de ses boucliers mentaux. Dès qu’il se sentit un peu mieux, la curiosité prit le dessus. Les yeux clos, il ferma son esprit au monde extérieur, essayant de retrouver la source de la voix. Cette fois, il était préparé, et l’éclair ne le prit pas par surprise. Il était accompagné de sensations diffuses. Bien-être. Chaleur. Sécurité…

« Nous devons nous dire adieu, Severus. Vous êtes entièrement rétabli maintenant, et je vous ai appris tout ce que la Déesse m'a autorisé à vous transmettre. C'est la dernière soirée que nous passons ensemble, mon ami. Demain, vous vous réveillerez à l'endroit où mon serviteur vous a trouvé… J’en suis désolée, mais par sécurité, je vais devoir effacer certains de vos souvenirs, vous ne vous souviendrez plus de votre séjour ici, mais rassurez-vous, cela n’affectera pas les connaissances que je vous ai transmises.»

La voix lui était étrangement familière, pourtant il était certain qu’elle n’appartenait à aucune personne de sa connaissance. Elle semblait résonner directement à l’intérieur de sa tête. Encore un peu étourdi, il se hissa sur ses jambes en marmonnant. Comment allait-il gérer ce qui lui arrivait ? D’autant s’il ne pouvait pas se souvenir ! A moins que… S’il en croyait la voix qu’il venait d’entendre, il avait été averti, et il ne pouvait pas croire qu’il n’ait pas tenu compte de ce fait. D’ailleurs cette réminiscence seule prouvait qu’il avait réussi, du moins en partie, à contrer l’effacement de sa mémoire.

Il avait, depuis son enfance, développé une maîtrise sans pareille de la magie de l’esprit, il avait plus d’une fois dû la vie à ses capacités dans ce domaine. Dumbledore l’avait même un jour qualifié d’artiste en ce domaine, tant ses boucliers mentaux étaient élaborés, insoupçonnables, même pour les meilleurs Legilimens. Il n’avait pourtant jamais soupçonné à quel point… contrairement à ce que le vieux mage pensait, il n’était, pas plus que Voldemort, jamais parvenu à les percer, à percevoir autre chose que ce que Severus avait bien voulu leur montrer lorsqu’il feignait de capituler devant leurs assauts. C’était la seule liberté que le Maître des potions s’était autorisé à garder vis-à-vis de son mentor.

L’Occlumencie était à ce point devenue une seconde nature pour lui, qu’il n’avait même plus besoin d’y penser pour activer ses  défenses. Il avait même développé la capacité de se réfugier dans la partie de son esprit où il conservait ses secrets les plus importants, et de la ‘verrouiller’, sans que personne ne puisse y avoir accès même dans le cas où il aurait été inconscient. C’était certes extrêmement dangereux, et à n’utiliser qu’en dernier recours, tant il courrait le risque de rester prisonnier dans sa propre tête et de ne jamais se réveiller, mais cela s’était avéré utile, au moins à trois reprises face au sadisme de Voldemort. La première lorsqu’il avait pris la Marque et qu’en plus de la douleur, il avait dû subir le viol brutal et sans merci des moindres recoins de son cerveau, la deuxième lors de son retour, lorsqu’il était allé le rejoindre avec deux heures de retard  et qu’il avait bien failli ne jamais en revenir, et la troisième après avoir tué Dumbledore, lorsqu’il avait été si longuement puni pour s’être substitué à Draco, que Narcissa lui avait avoué ensuite qu’elle n’avait pas pensé qu’il survivrait jusqu’au matin… Et cette capacité pouvait bien des choses, par exemple protéger son esprit d’un Imperium ou d’un Obliviate, et même, dans une certaine mesure, en grande partie en fait, des potions les plus puissantes.

Il se concentra sur le souvenir des paroles qu’il venait d’entendre, tentant de retrouver la voix. Féminine, feutrée et un peu rauque… d’aucuns l’auraient qualifiée de sensuelle. Et comme pour lui donner une confirmation, un second flash l’obligea à s’appuyer contre le tronc de l’arbre.

Il reconnut sa propre voix : « Et si… Si je ne désirais pas retourner dans mon monde ?»

« Vous ne pouvez pas rester, Severus. Avalon l’immortelle ne peut accueillir d’autres humains que ceux qui en sont les gardiens et que la Déesse a elle-même choisis, il y bien longtemps de cela. Elle ne m’a accordé qu’une lune pour soigner vos blessures, et même moi, je ne peux vous soustraire à cette loi. Le délai est désormais écoulé, vous devez repartir. »

Avalon ? Avalon ! Evidemment, cela expliquerait bien des choses, mais comment est-ce que cela pouvait être possible ? Seuls quelques rares initiés, dont il faisait partie, savaient qu’Avalon n’était pas qu’un mythe, et que l’île avait survécu à la mort de Merlin, désormais inaccessible, hors du temps, protégée par des charmes qui la cachaient à jamais aux yeux de tous… Certes, il était l’un des rares à connaître le rituel qui permettait de demander l’ouverture des brumes, mais comment avait-il pu se retrouver à Avalon dans l’état où il était ? Ca paraissait impossible, et pourtant, quelque chose au plus profond de son esprit le poussait à penser… non, savait, sans aucun doute possible, que tout cela était vrai. C’était… comme un souvenir posé à la lisière de sa mémoire, une de ces choses qu’on sait qu’on connait, mais qu’on n’arrive pas à exprimer clairement.

Une pensée commença à frayer un chemin dans son esprit. Puisqu’il était toujours vivant, il était toujours, théoriquement, le directeur en exercice de Poudlard, à moins qu’en son absence,  le château n’ait reconnu et fait allégeance à quelqu’un d’autre. Cela, c’était facile à vérifier. Il appuya ses deux mains à plat contre le tronc de l’arbre, et ferma les yeux en murmurant une incantation. Un instant plus tard, il sentit une force familière monter en lui, la magie du domaine lui répondait, en vagues serrées, semblant lui souhaiter la bienvenue, elle s’infiltrait en lui, s’ajoutant à la sienne, comme elle l’avait toujours fait depuis que Dumbledore lui avait secrètement transmis sa fonction, peu avant sa mort, plus puissante qu’avant, même, comme si elle voulait délivrer un flux qu’elle retenait depuis qu’il était parti. Il se fendit d’une ébauche de sourire goguenard. Il ignorait qui avait pris les rênes de l’école, mais il, ou elle, et il y avait de bonnes chances pour que ce soit Minerva, si elle avait survécu, ne devait pas avoir la tâche facile, et cela n’allait pas aller en s’améliorant, maintenant qu’il était de retour.

Il se mit à marcher, sans but précis. Il connaissait bien la Forêt Interdite, et il savait qu’il tomberait, tôt ou tard, sur un endroit familier, d’où il pourrait se repérer pour pouvoir ensuite s’éloigner du château. Il ne désirait pas revenir à Poudlard pour l’instant, du moins pas au grand jour et tant qu’il ne saurait pas comment les choses avaient tourné. L’issue de la guerre avait en grande partie dépendu de la capacité de Potter à comprendre et à accepter ce qu’il avait désespérément cherché à lui transmettre en mourant. Et la rapidité d’esprit n’était pas la caractéristique principale du gamin, qui de plus le détestait assez pour prendre volontairement le contre-pied de ses indications, que ce soit par paranoïa ou par simple esprit de contradiction.

A  en juger par l’atmosphère sereine qui régnait dans le bois, il y avait de grandes chances pour que la Lumière l’ait emporté, et dans ce cas, il faudrait bien qu’il finisse par transmettre ses pouvoirs au nouveau directeur, mais pour cela, il pouvait tenter une approche discrète, il avait à sa disposition tous les moyens pour passer inaperçu, et une première rencontre en territoire neutre serait sûrement plus prudente. La cérémonie pouvait être tout aussi secrète qu’elle l’avait été pour lui. Tout le monde devait le croire mort, maintenant, après un mois, et c’était très bien ainsi. Il avait achevé sa mission, il ne devait plus rien à personne. La vie, ou plutôt la magie d’Avalon lui avait donné une seconde chance, il pouvait partir à l’autre bout du monde et tout recommencer à zéro, et il avait bien l’intention d’en profiter.

Le pouvait-il ? La guerre était plus que certainement terminée, mais il n’avait que ses impressions pour présumer  de quelle en avait été l’issue.  Il porta machinalement sa main droite à son avant-bras gauche. La Marque était muette, inerte, comme elle l’avait été après la première disparition de Voldemort, lorsqu’il avait tenté de tuer Potter et que… et que Lily était morte à la place de son fils. La douleur familière referma ses griffes sur sa poitrine. Même si l’obsession maladive qu’il avait jadis développée pour la jeune femme s’était, avec le temps, muée en ce qu’elle aurait toujours dû être : un sentiment de regret doux-amer pour une amitié qu’il avait lui-même déchirée, il n’arrivait toujours pas à associer les mots ‘Lily’ et ‘mort’ sans éprouver cette sensation d’étouffement.

Partir… Il aurait pu le faire, après tout, il était réapparu dans le monde ‘normal’ au cœur d’un endroit qui n’était pas un lieu de promenade des plus fréquentés, et où il avait bien peu de chances de rencontrer quelqu’un, mais c'était sans compter sur cette garce de destinée qui semblait ne jamais vouloir le laisser en paix.

—P-pr-pro-professeur Snape ? C’est… c’est pas possible ! Ce-c ‘est… c'est bien vous ? Vous… vous n’êtes pas un fantôme ?

Hagrid en avait laissé tomber le panier, de la taille d'une nacelle de montgolfière, qu'il portait à son bras. Severus s'apprêtait à lui répondre vertement que depuis le temps, il devrait pouvoir savoir distinguer un fantôme d’un corps bien vivant, lorsque le sourire heureux et les larmes de joie qui envahirent soudain le visage et les yeux du demi-géant lui ôtèrent toute velléité de raillerie. Sans qu’il comprenne vraiment comment c’était arrivé, il se retrouva prisonnier d’une étreinte qui faillit avoir raison de sa vie fraichement retrouvée. Hagrid parut se rendre compte de l’incongruité de son geste, et le lâcha immédiatement, se reculant d’un air gêné, mais il avait l’air tellement content de le voir, qu’il n’eut pas le courage de le rabrouer.

Et puis, il y avait, dans son apparence, quelque chose qui… qui ne ‘collait’ pas… en y regardant mieux, il pouvait distinguer d’étranges changements sur l'homme qui lui faisait face. Ses cheveux et sa barbe, naguère à peine grisonnants, étaient maintenant entièrement blancs, des rides supplémentaires marquaient le visage bon-enfant du demi-géant… Comment quelqu'un pouvait-il autant changer en à peine un petit mois ? La guerre les avait tous éprouvés, bien sûr, mais Hagrid paraissait avoir vieilli de plusieurs années… Qu’avait-il bien pu lui arriver ?

TBC

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