Les mémoires de John H Watson -2

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – La lettre oubliée»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)
Personnages : John Watson jr
Rating : G
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

La lettre oubliée

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)*

gribouillis

Il y a certaines choses que je n’ai jamais révélées au public, concernant la personnalité de mon ami Sherlock Holmes. Cela n’aurait été d’aucun intérêt pour l’éclairage de ses enquêtes, et je sais qu’il détesterait que certaines facettes de sa vie personnelle soient étalées au grand jour. Et ceci d’autant plus que je n’ai moi-même aucune envie qu’il découvre que je le connais sûrement mieux qu’il ne s’en doute, et comment j’y suis arrivé.

Il m’affirma, il n’y a pas si longtemps, n’avoir jamais aimé. Ce qui ne l’empêche pas de garder depuis des années le portrait d’une certaine dame sur sa cheminée. Pour, dit-il à qui veut bien l’entendre, se souvenir qu’il n’est pas infaillible, la dame en question ayant réussi à le berner en au moins deux occasions au cours de la même affaire*. Je peux affirmer, moi qui partage depuis si longtemps son appartement et ses journées, que ce n’est absolument pas l’unique raison, et que la dame en question fut très loin de le laisser aussi indifférent qu’il voulut bien le laisser paraître.

Mais c’est totalement par hasard que j’eus la confirmation du grand cœur qui battait sous l’armure dont il l’avait recouvert afin de pouvoir devenir la « machine à raisonner » qu’il avait décidé d’être, le jour où il avait choisi d’exploiter ses dons naturels pour en faire une profession.

Un après-midi, peu après être revenu partager avec lui l’appartement de Baker Street après sa miraculeuse réapparition, je me retrouvais seul dans le salon qui avait vu naître tant d’aventures inoubliables. Je me remettais mal d’une mauvaise grippe et de sombres pensées tournaient dans ma tête sans que je puisse les en chasser. La perte récente de ma très chère Mary et de notre enfant était encore une plaie à vif dans mon cœur.

Je décidai de chercher un livre dans la bibliothèque afin de me changer les idées. Celui que j’attrapai échappa à mes mains, laissant échapper, en tombant au sol, une feuille de papier sur laquelle je reconnus l’écriture de mon ami. Je m’apprêtais à la replacer dans le volume d’où elle s’était envolée, lorsque les premiers mots accrochèrent mon regard : « Mon cher Watson ». J’avoue que la curiosité l’emporta. Après tout cette lettre m’était manifestement destinée, alors pourquoi de pas la lire? Ce que j’y découvris devait à jamais changer mon regard sur Sherlock Holmes. Lorsque j’eus fini ma lecture, mes yeux étaient voilés par des larmes que j’avais de la peine à contenir. Je n’ai jamais remis la lettre à sa place. Mon ami devait d’ailleurs ignorer sa présence dans ce livre, sinon il ne l’aurait pas laissé à portée de mes mains. Au contraire, je l’ai soigneusement conservée, et elle fait aujourd’hui partie de mes biens les plus précieux.

En voici la transcription fidèle :

« Mon cher Watson,

Je ne sais trop comment exprimer ce que je ressens. Et puis, après tout, qu’importe, puisque cette lettre, comme toutes les autres, toutes celles que je vous ai écrites depuis notre séparation, près de ces maudites Chutes, finira à la corbeille. Je ne puis me permettre de vous donner un signe de vie, vous êtes trop transparent, Watson, trop pur, et nos ennemis auraient tôt fait de comprendre que je ne suis pas mort à Reichenbach.

Vous ne sauriez imaginer à quel point vous me manquez mon ami, à quel point je me sens coupable et honteux de ce mensonge. Du mal que je vous ai fait, et que je vous fais encore. Pourrais-je vous dire un jour combien le silence que je me forçai à garder ce jour-là me déchira le cœur. Vous étiez à portée de voix et je pouvais sentir votre détresse à travers vos appels. Vous avouerais-je  que j’en ai pleuré, oui, moi! Que je me suis maudit, que j’ai failli céder et vous répondre, malgré le danger. Il a fallu que je fasse appel à toute ma volonté pour ne pas céder à la tentation. Moriarty était mort, mais Moran rodait et je ne pouvais pas prendre le moindre risque. Pour moi, certes, mais aussi et surtout pour vous, Watson, et pour votre famille. Il n’aurait pas hésité une seconde à s’en prendre à vous pour m’atteindre, et cela aurait marché. Je n’aurais pas pu survivre me sachant cause de votre mort et du malheur de vos proches.

Vous comprenez maintenant pourquoi je ne me marierai jamais, pourquoi je refuse tout attachement, vous qui aimez tant vous moquer de mon insensibilité!

Mon cœur saigne, Watson. Je ne suis pas insensible, j’ai seulement verrouillé toutes les portes qui pourraient laisser échapper mes émotions. Je dois offrir une surface lisse sur laquelle mes ennemis ne peuvent avoir aucune prise. J’ai voué ma vie à mon métier et rien ne doit venir polluer ma raison. Dieu seul sait ce qu’il m’en a coûté parfois, et ce qu’il m’en coûte encore en ce moment même.

Mycroft et Madame Hudson me donnent régulièrement de vos nouvelles, et j’étais heureux de savoir Mary auprès de vous pour vous aider à surmonter votre douleur. Je me suis réjoui pour vous lorsque j’ai appris qu’elle attendait un enfant. Mais aujourd’hui, je viens d’apprendre le deuil terrible qui vous frappe et je me maudis une fois encore de ne pas être auprès de vous dans cette épreuve. Je ne peux qu’imaginer l’horreur que cela doit être, d’autant plus pour un médecin, de ne rien pouvoir faire pour sauver ceux que l’on aime le plus au monde. S’il existe un paradis, je suis sûr que vous les y retrouverez un jour.

Je dois vous avouer que j’ai été jaloux, oui jaloux, lorsque vous êtes tombé amoureux d’elle. Oh, ne vous méprenez pas, Watson, ce que j’éprouve pour vous n’est que de l’amitié, mais parfois, une amitié peut être si forte et si profonde qu’elle s’apparente alors à l’amour, et c’est de cette amitié là que je vous aime mon ami. Et j’avais peur que l’attachement que vous éprouviez pour elle ne détruise cette chose qui m’est plus précieuse que tout au monde. Je sais maintenant qu’il n’en a rien été et je souffre avec vous de son absence.

Vous savez, mon ami, que je n’ai jamais été à l’aise avec les mots lorsqu’il s’agit d’exprimer des sentiments, et je voudrais tant pouvoir vous dire toute mon affection et toute la peine que j’éprouve pour vous à cet instant! Et pourtant, cette lettre qui me brûle les doigts tant la tentation est forte d’aller la poster finira comme ses semblables au sein des flammes de la cheminée auprès de laquelle je vous écris.

J’ai demandé à Madame Hudson de passer vous voir souvent et de prendre soin de vous, c’est hélas pour le moment la seule chose que je puisse faire pour le meilleur des amis, le meilleur des hommes que je connaisse. J’aimerais que mes pensées puissent traverser l’espace pour vous apporter le réconfort que je voudrais vous donner.

Le bout du tunnel est proche et l’étau se resserre sur Moran. J’espère vous revoir bientôt et cet espoir me donne le courage de continuer la lutte, mais je n’en dois être que plus prudent et c’est pourquoi je ne puis me précipiter auprès de vous, ainsi que mon cœur me le commande afin de vous offrir mon amitié sincère et sans faille, face à la perte irréparable des êtres qui vous furent le plus chers sur cette terre.

Je ne sais… « 

La lettre se terminait sur cette phrase inachevée. Je supposais qu’il avait été interrompu pendant sa rédaction, et l’avait glissée au hasard entre les pages du premier livre qui lui était tombé sous la main pour la dissimuler, là où il l’avait ensuite oubliée.

J’avais parfois fugacement entrevu l’homme qu’il cachait sous son masque, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être à ce point attaché à notre amitié. Mon cœur en fut touché à un point que je ne saurais décrire.

Bien entendu, jamais il ne sut et j’espère ne saura jamais que cette lettre égarée est un jour tombée entre mes mains, mais je n’ai jamais pu, depuis, le regarder de la même façon. Je m’étais souvent senti blessé par ses réflexions sur ma lenteur d’esprit, ma naïveté ou le « satané romantisme » dont je parsemais par trop, à son goût, le récit de nos aventures. Je savais maintenant ce que cachaient ces petites piques, et cessai de m’en offusquer, à son grand étonnement. Je crois d’ailleurs, que ce fut la seule fois où je parvins à étonner Holmes.

————-

*Note de l’éditeur : d’après certaines indications, ce récit, qui semble avoir été rédigé vers 1897, parait se rapporter à une période se situant fin 1894 ou début 1895, peu après le retour de Sherlock Holmes à Londres, après ce qu’on a coutume d’appeler « le grand hiatus » (1891-1894)

*Voir « un scandale en Bohême »

TBC

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