Les mémoires de John H Watson -3

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – Révélations»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)
Personnages : Holmes-Watson
Rating : G
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

Révélations

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)*

gribouillis

Holmes est fondamentalement un être solitaire et renfermé, sa vie est si parfaitement compartimentée que l’on peut vivre en permanence à ses côtés, comme je le fais depuis déjà cinq années maintenant, tout en manquant beaucoup de choses.

Comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, la vie sociale de Sherlock Holmes se réduit à son plus strict minimum. Il n’aime pas sortir, n’apprécie que très modérément la compagnie de ses semblables, et bien qu’il entretienne des relations, par ailleurs essentiellement professionnelles, dans des milieux allant des bas quartiers de Whitechapel aux plus hautes sphères (vraiment les plus hautes) de la société, je peux sans forfanterie, me vanter d’être certainement la personne qui le connaît le mieux au monde.

Par « vie sociale », je n’entends bien évidemment pas la fréquentation des milieux interlopes où il pratique régulièrement les différents arts de combat dans les lesquels il excelle. J’ai déjà signalé par ailleurs sa connaissance approfondie de la boxe et du baritsu, cet art martial japonais peu connu. Il est en outre un redoutable escrimeur, doublé d’un non moins redoutable tireur, avec une regrettable tendance à s’entraîner à ce dernier exercice sur les murs de sa chambre, au grand désespoir de cette chère Madame Hudson, si indulgente par ailleurs pour les nombreux travers du pire des locataires de Londres. Malgré sa misogynie avouée, il maîtrise en effet à la perfection l’art de séduire les femmes, qui lui pardonnent bien volontiers ses excentricités.

Et ce n’est pas là le seul paradoxe de cet homme, dont on pourrait passer une vie entière à essayer de comprendre la complexité. En plusieurs années de pratique, moi qui suis pourtant son ami le plus proche, je dois encore avouer ne pas arriver à le comprendre, la moitié du temps.

Les seules distractions qui trouvent grâce à ses yeux, et pour lesquelles il accepte volontiers de sortir en société, sont le théâtre (dans lequel il a excellé en amateur pendant ses études… et qui doit être pour beaucoup dans son art consommé du déguisement), et surtout toutes celles qui sont liées à la véritable passion qu’il voue à la musique. En dehors de cela, j’ai toujours de la peine à le tirer de chez lui, ne serait-ce que pour quelques dîners à l’extérieur.

Je fus donc, très récemment, particulièrement étonné de réussir à le convaincre aussi facilement de m’accompagner à la traditionnelle soirée du 31 décembre du « Grand Hôtel ». Comme à chaque fois qu’il sortait d’une enquête particulièrement délicate, il avait recommencé à broyer du noir, enfermé dans sa chambre enfumée, et lorgnant de plus en plus fréquemment vers l’endroit où je l’avais contraint à remiser la boîte dans laquelle il conservait les maudits flacons que je n’avais pas encore réussi à lui faire détruire définitivement. J’estimais qu’il était plus que temps qu’il se change les idées. Par bonheur, il consentit à écouter mes arguments et j’eus moins de mal que ne le craignais à le décider. Et même si je savais que, détestant les fêtes préétablies qu’il considérait comme particulièrement débilitantes et hypocrites, il n’avait consenti à venir que par amitié pour moi, je me réjouissais de cette petite victoire.

Lorsqu’il le décidait, Holmes était capable de se métamorphoser radicalement, et ce soir-là, il avait décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
J’avais déjà eu le privilège de l’observer plus d’une fois en de semblables circonstances. La première fois, j’en avais été tellement sidéré, que j’avais eu du mal à reconnaître mon colocataire bohème et fantasque, dans le parfait « homme du monde »*, à l’élégance raffinée et distinguée, gentleman jusqu’au bout de ses bottines vernies que j’avais découvert à cette occasion.
Dans l’exercice de ce qu’il appelait ses « obligations mondaines », il savait se montrer charmant et charmeur, brillant, insouciant et capable de déployer une redoutable capacité de séduction à laquelle nul ne semblait pouvoir résister.

Nous venions de terminer notre dîner, lorsqu’une jeune femme s’approcha de notre table. Miss Annabel Rolland était une des plus talentueuses et séduisantes actrices en vogue de « la saison », encensée par la critique et le tout-Londres, auréolée d’un parfum de scandale et en permanence entourée d’une nuée d’admirateurs éperdus. Étincelante dans une robe de satin vert pâle rebrodée de pierreries, elle nous gratifia d’un sourire radieux, avant de s’adresser à mon ami.

— Sherlock! L’ours est donc sorti de sa tanière! A qui devons-nous ce miracle?

Nous nous étions levés pour l’accueillir, et je fixais Holmes d’un air passablement ahuri, pendant que, parfaitement à l’aise, il faisait les présentations. Miss Rolland me regardait en souriant :

— Vous avez l’air surpris, docteur. Vous savez, nous sommes de vieux amis, Sherlock et moi. Je suis la sœur d’un de ses anciens condisciples d’université, et il y a très longtemps que nous nous connaissons.

C’était la deuxième fois qu’elle l’appelait par son prénom. L’orchestre s’était mis à jouer, et elle posa sa main sur son bras :

— Oh! Une valse… M’inviterez-vous à danser, en souvenir du passé?

Holmes s’inclina avec un sourire, et je reçus mon deuxième choc de la soirée : non seulement il dansait, mais, ainsi que tout ce qu’il entreprend, il le faisait à la perfection. Je me rassis et avalai ma coupe de champagne d’un seul trait.
La réception se poursuivit fort agréablement. Nous fumes rejoints par des amis de la jeune femme, et le champagne aidant, l’année se termina dans la meilleure des ambiances possibles.

Dans le fiacre qui nous ramenait chez nous, Holmes, contre toute habitude, fredonnait un air de danse léger.

— Seriez-vous ivre?

— Pas plus que vous, mon ami. Je pensais que vous aviez apprécié la soirée. Après tout, c’était votre idée!

— Mais je l’ai appréciée, Holmes. J’ai seulement été disons… surpris. Je ne savais pas que vous dansiez. Et cette Miss Rolland… vous aviez vraiment l’air de très bien vous connaître. Vous n’ignorez pas qu’en plus de sa réputation, méritée, d’actrice, elle a aussi celle d’être une des… hum… demi-mondaines les plus prisées de notre époque. Des princes se sont battus pour elle.

— Je ne l’ignore pas, mon cher, je ne l’ignore pas… et je ne vois vraiment pas ce qui peut vous choquer là-dedans… Allons, Watson, cessez de jouer les vierges effarouchées. Vous n’allez tout de même pas prétendre qu’un séducteur tel que vous n’a jamais fréquenté des jeunes personnes dans le genre d’Annabel!

— Annabel? Vous… vous l’appelez par son prénom?

- Et pourquoi non? Elle vous l’a dit elle-même, nous somme de vieilles connaissances. Je l’ai connue bien avant qu’elle ne devienne une actrice célèbre.

— Et peut-on savoir à quel point? Vous m’avez tellement souvent professé votre mauvaise opinion des femmes…

Holmes se mit à rire.

— Watson! Mon ami! Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, je suis un homme… tout ce qu’il y a de plus normalement constitué, et… comment pourrais-je formuler cela… fonctionnel! Et ce n’est pas parce que j’ai une piètre opinion des femmes que je ne…

— Inutile de donner des précisions, j’ai parfaitement compris!

— Serait-ce une scène de jalousie? Cela vous surprend-il tellement de ma part? Ces dames sont parfaites pour quelqu’un comme moi. Elles remplissent leur rôle à la perfection, et ne demandent rien d’autre en échange qu’une légère compensation financière. Cela me convient à merveille et m’évite tout risque d’attachement qui pourrait nuire à ma profession…
Et ne faites pas cette tête de grâce! Vous ai-je jamais fait remarquer les heures indues auxquelles vous rentrez parfois, la nuit?
… Mais si vous êtes vraiment jaloux, eh bien… En homme de science que je suis, je n’ai rien contre de nouvelles expériences, et je suis prêt à explorer, si je puis m’exprimer ainsi… d’autres voies…

—Holmes!!!

Il éclata de rire devant mon air scandalisé.

— Si seulement vous pouviez voir votre tête, Watson… et acquérir un peu de sens de l’humour! Rassurez-vous, je n’ai aucunement l’intention de piétiner les plates-bandes des donzelles qui soupirent sur votre passage!
Mais pour l’amour du ciel, ne soyez pas aussi naïf… Que croyez-vous que pensent certaines personnes de deux jeunes hommes, célibataires, qui partagent le même appartement depuis des années?
Préparez-vous à faire un jour face aux rumeurs, mon ami. En ce qui me concerne, ce genre de chose ne m’atteint pas, mais je connais votre sensibilité… Et je crains fort que même l’avenir ne nous rende pas justice sur ce point-là… l’être humain est tellement bête et malveillant par nature!

Je restais songeur. Avais-je raison d’insister sur le côté uniquement professionnel, en relatant nos aventures? Mais je savais que Holmes aurait refusé toute allusion à sa vie privée… Il était trop tard de toute façon pour changer les choses. Il avait raison, encore une fois. Et je commençais à comprendre son aversion pour la société « bien pensante » pétrie d’hypocrisie qui nous entourait. Mais contrairement à lui, j’ai confiance dans l’avenir et j’espère que les générations futures finiront par juger les choses à leur juste mesure.*

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*Note de l’éditeur : La cohabitation entre les deux hommes ayant commencée en 1881, d’après les indications de ce récit,  j’en situe l’action en décembre 1886. L’année suivante, le docteur Watson devait rencontrer Mary Morstan, et en 1888, Sherlock Holmes allait faire la connaissance d’Irène Adler.

* En français dans le texte.

* Sur ce point-là également, au vu des rumeurs qui continuent à courir sur les relations entretenues par les deux hommes, l’avenir devait donner, une fois de plus, raison à Sherlock Holmes.

TBC

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