Les mémoires de John H Watson -4

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – L’origine du mal (1ère partie)»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes
Rating : PG-13 (allusions à la drogue – violences)
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

L’origine du mal

Première partie

gribouillis

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)

Je n’avais pas vu Holmes depuis plusieurs semaines. Je le savais très occupé et préoccupé par une de ces affaires qui requerraient toute son énergie. Si j’avais alors pu savoir dans quoi elle allait tous nous mener, j’aurais été plus attentif. Mais comment aurais-je pu prévoir malgré tout la tempête qui allait s’abattre sur nous quelques mois plus tard?

A cette époque, nos relations s’étaient considérablement espacées. J’étais absorbé par ma vie conjugale et par la reprise de mes activités médicales, et je ne suivais plus guère sa carrière qu’au travers de la presse, qui publiait régulièrement les comptes-rendus de ses succès, et par les rares visites que je lui faisais parfois à l’improviste en rentrant chez moi après mes consultations. Et si je continuais à m’intéresser à ses enquêtes, je n’y participait plus, désormais, que très épisodiquement.
Il ne s’en plaignait jamais et se montrait toujours d’une exquise courtoisie lorsqu’il s’enquerrait de mon épouse. Il avait toujours prôné son amour pour la solitude, et quelqu’un le connaissant moins bien que moi aurait pu s’y laisser prendre aisément. Mais la lueur qui s’allumait dans son regard lorsque j’arrivais me laissait toujours un sentiment de culpabilité, et chaque fois que je repartais, je me promettais de ne pas laisser s’écouler autant de temps avant ma prochaine visite. Il avait encore maigri, autant que cela put sembler possible, et je redoutais (l’avenir allait me donner raison) qu’il ne s’adonne de plus en plus à ses mauvais penchants pour la cocaïne et la morphine. Je l’avais parfois découvert, vautré dans son fauteuil, amorphe et les pupilles dilatées, sous leur néfaste influence que je n’avais plus la possibilité de contrôler, ni de modérer. Ces jours-là, je me sentais encore plus coupable de l’avoir autant abandonné. Je pensais que si j’avais maintenu plus de contacts avec lui, il n’aurait peut-être pas succombé aussi fréquemment à l’attrait de ses vieux démons.

Je n’imaginais alors pas un centième de se qui se passait dans l’esprit de Holmes. Les prémisses du dénouement de l’affaire qui allait connaître une fin si tragique et influer si profondément sur le cours de nos vies commençaient juste à poindre. Il était extrêmement absorbé par la traque de son plus mortel ennemi, le Professeur Moriarty, et pourtant il se laissait de plus en plus fréquemment entraîner dans ces paradis artificiels, dont il n’usait autrefois que dans les périodes « creuses » d’inactivité forcée qu’il abhorrait tellement. Je ne me doutais pas une seconde du mal qui le rongeait, sinon j’aurais été plus attentif aux signes de dépression que je mettais sur le compte de la solitude et du surmenage.

Je ne compris réellement la gravité de la chose que le soir où je le découvris allongé sur le plancher du salon, en état de choc, le pouls à peine perceptible, la respiration faible et saccadée et le rythme cardiaque d’une irrégularité inquiétante, plongé dans une léthargie qui me fit craindre le pire. Il fallait à tout prix l’empêcher de sombrer dans un coma d’où même avec mes compétences médicales, je n’étais pas certain de pouvoir le tirer.
Avec l’aide de Madame Hudson, je parvins à le relever et nous passâmes une bonne partie de la soirée et de la nuit à l’obliger à marcher pour le maintenir éveillé. Lorsque j’estimai le pire passé, je le fis asseoir dans son fauteuil et ranimai le feu dans la cheminée. Madame Hudson avait fait du thé et apporté des couvertures, dans lesquelles nous l’enveloppâmes. Je remerciais la brave femme, et lui demandait de faire prévenir Mary, dès la première heure le lendemain, que je ne rentrerais peut-être pas de la journée, avant de revenir auprès de mon ami. Je lui secouai rudement les épaules. Son pouls était encore trop irrégulier pour que puisse prendre le risque de le laisser s’endormir.

— Holmes! Ne vous endormez-pas! Regardez-moi!

—…

— Holmes!!!

— Wat… son…

— Oui, c’est ça, c’est moi, Watson! Que s’est-il passé Holmes?

« Qu’avez-vous fait, mon ami ? » murmurai-je en aparté. Je savais que je ne pourrais rien tirer de cohérent de lui à ce moment-là, mais j’essayai de lui parler, de le faire parler, pour le garder éveillé le plus longtemps possible. Jusqu’à ce que son pouls et sa respiration soient redevenus normaux. Lorsque j’estimai son état stabilisé, je l’aidai à gagner sa chambre et à se coucher, et m’installai dans un fauteuil près de son lit. Il dormait maintenant d’un sommeil normal, mais je ne voulais prendre aucun risque.
Je me souviens du temps lourd et orageux de cette nuit-là. J’avais ouvert la fenêtre pour laisser entrer un peu d’air dans l’atmosphère lourde et confinée de la chambre. Je m’enveloppai d’une couverture, et m’apprêtai à veiller mon ami jusqu’au matin. Ses traits s’étaient enfin détendus et il apparaissait plus jeune, moins amer, dans le sommeil… presque vulnérable.
Je dus m’assoupir à mon tour. Le hurlement terrifié de Holmes me réveilla en sursaut. Il était assis tout droit dans son lit, couvert de sueur, la respiration haletante et les yeux exorbités. Il avait l’air complètement perdu et regardait autour de lui d’un air égaré. Je me précipitai pour le prendre dans mes bras et pendant un bon moment, je le berçai comme l’enfant affolé auquel il me faisait penser. Il s’accrochait à moi comme si sa vie en dépendait.
Et soudain, l’orage éclata. Un coup de tonnerre retentit au-dessus des toits et la pluie se mit à tomber comme si une vanne céleste avait brusquement été ouverte. Un éclair déchira la nuit et la foudre tomba quelque part. Holmes sursauta, puis d’un seul coup, il se détendit et je l’entendis murmurer pour lui-même « le tonnerre, c’était juste le tonnerre », avant de se rendormir brusquement, au point que je me demandai un moment s’il s’était jamais réveillé.

***

En revenant de faire ma toilette, je le trouvai réveillé. Ses premiers mots me firent l’effet d’une gifle :

— Watson! Que me vaut le plaisir de votre visite à cette heure matinale? Rien de grave chez vous j’espère?

— J’ai passé la nuit ici, Holmes. Vous… vous ne souvenez vraiment de rien?

— La nuit? Quand êtes-vous donc arrivé mon ami, et pourquoi ne m’avez-vous pas rév… Que ce passe t-il Watson, pourquoi me regardez-vous avec cet air catastrophé?

— Je suis arrivé hier en fin d’après-midi.

— En fin d’ap…

— Vous étiez manifestement victime d’un surdosage d’un de vos maudits poisons. Vous avez eu de la chance que je passe justement vous rendre visite, sinon… Que ce passe-t-il, mon ami? Je ne vous comprends plus! Votre enquête sur Moriarty est-elle terminée? Si vous avez besoin d’aide… Crénom! Je ne supporte plus de vous voir vous détruire ainsi sciemment à petit feu!

Contrairement à son habitude, il ne répondit pas. Il regardait fixement devant lui d’un air hébété.

— Holmes!

— Watson, vous devez me faire confiance!

— J’avoue que depuis hier soir…

— Le flacon!

Il se leva d’un bond et se précipita dans le salon. Lorsque je le rejoignis, il était à quatre pattes, à la recherche du flacon qui devait contenir le reste de sa solution habituelle. Il finit par mettre la main dessus, sous le fauteuil où il avait roulé lorsqu’il avait renversé, la veille en tombant, le guéridon sur lequel il l’avait posé. Il revint en courant dans le coin de sa chambre qui lui servait de laboratoire (il n’avait pas touché à la mienne, qui restait toujours à ma disposition en cas de besoin). Après plusieurs manipulations du produit, il leva vers moi un regard stupéfait.

— Ce n’est pas le même dosage, Watson! Quelqu’un a échangé le flacon…

— Vous voulez dire…

— Moriarty! Ce ne peut être que lui! Il a juré ma mort. Je ne sais à quel moment il s’est introduit ici… Il est vraiment très fort, je n’ai rien remarqué!

— Vous ne pouvez pas rester ici, Holmes, si c’est vraiment lui, il recommencera.

— Ce ne peut être que lui, vous pouvez me croire… Et il est évident qu’il recommencera. Mais un homme averti en vaut deux, et il est très loin d’être stupide, il n’utilisera pas deux fois le même procédé. Quand à partir d’ici… Croyez-vous vraiment que cela changerait quoi que ce soit?

Il se fit raconter en détails la soirée précédente, mais lorsque j’en arrivai à l’épisode du cauchemar, tentant une plaisanterie sur sa « peur de l’orage » pour détendre l’atmosphère, je le vis tout à coup se figer et blêmir. Autant avait-il pris presque avec légèreté la tentative d’assassinat dont il venait d’être victime, autant la simple mention d’un mauvais rêve l’ébranla t-elle au plus haut point.
Je ne pus rien en tirer de plus ce jour là, et je rentrai chez moi dans l’après-midi, dans un état de trouble assez violent pour que Mary s’en inquiète. A mainte reprise, j’ai remarqué que la sensibilité particulière des femmes les rend généralement plus intuitives et plus psychologues que nous. Je lui racontai les événements que je viens de narrer, sans rien omettre de mon inquiétude pour mon ami.

— Vous avez raison, mon chéri, tout cela est vraiment très inquiétant… Vous devez faire quelque chose.

— Mais nous n’avons aucune preuve de… Et je ne suis même pas sur qu’il n’ait pas inventé cette explication pour…

— Je ne parle pas de cela, mon ami. Il est évident que l’addiction de Holmes et son recours de plus en plus fréquent à ces substances sont extrêmement préoccupants, mais plus encore en est la cause, et je pense que c’est dans cette histoire de cauchemar qu’il faut la chercher. Supprimez la cause, et vous aurez toutes les chances de supprimer les effets. Vous m’avez parlé, il y a quelques temps des recherches de ce médecin autrichien… le docteur Freud. Ne prétend-il pas que nos rêves recèlent la clé de beaucoup de nos problèmes?

Je trouvais que c’était faire un bien grand cas d’un simple cauchemar, faisant suite, en outre, à un abus de cocaïne, mais il fallait bien commencer par quelque chose, et il était en mon devoir de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour aider mon ami, serait-ce contre sa volonté, et je décidais de m’en remettre à l’intuition de mon épouse.

Holmes ne parlait jamais de sa famille, au point que j’avais fini par le croire orphelin. Jusqu’au jour, il y a un peu plus de deux ans, où après sept ans de cohabitation sans qu’il ait jamais mentionné son existence, il m’avait présenté son frère.
Mycroft Holmes était un original misanthrope qui vivait à l’écart du monde entre son appartement de Pall Mall et le club Diogène qui lui faisait face, et dont il était un des fondateurs. Plus doué, du propre aveu de l’intéressé que Sherlock lui-même, mais répugnant à tout effort physique, il occupait un poste aussi important que mystérieux dans le gouvernement, aux affaires étrangères. Le club Diogène, où il avait accepté de fort bonne grâce de me recevoir avait entre autre caractéristique, celle d’imposer à ses membres et visiteurs un silence quasi absolu dans ses locaux communs. C’est donc installé dans un confortable fauteuil d’un des salons privés de cette honorable institution, un bon cigare à la main et un non moins bon cognac à ma portée, que je fis part de mon inquiétude à la seule personne susceptible de pouvoir raisonner mon ami.
Je lui révélai le recours de plus en plus fréquent de Holmes à la cocaïne et à la morphine, l’effet désastreux que cela commençait à avoir sur sa santé physique, et que cela risquait d’avoir à brève échéance sur sa santé mentale, je mentionnai la supposée tentative d’assassinat (dont je n’étais toujours pas entièrement convaincu au vu de sa réaction un peu trop insouciante), et je terminai, en m’excusant presque de mentionner une chose aussi futile, par le cauchemar.
La réaction de Mycroft ne fut pas moins surprenante que l’avait été celle de son frère. Je vis s’immobiliser le verre qu’il portait à ses lèvres, avant qu’il ne le repose un peu trop brusquement sur la table. Il se leva et, croisant ses mains derrière le dos, alla se poster devant la fenêtre, me tournant le dos.

« Pourquoi ? » L’entendis-je murmurer pour lui-même. « Pourquoi justement maintenant… après tant de temps… non, cela ne se peut pas… comment aurait-il… »

Il sembla soudain prendre une décision et se retourna vers moi.

— Est-ce vraiment aussi grave que vous le prétendez?

— S’il continue sur cette voie, je ne lui donne guère plus d’un an, deux au maximum… s’il ne succombe pas avant à un autre « accident » comme celui de l’autre soir. Et même si son corps résiste plus longtemps, son cerveau sera irrémédiablement atteint, avec peut-être de rares moments de lucidité… et connaissant son caractère, je doute qu’il puisse alors le supporter !

Après une dernière hésitation, Mycroft se jeta à l’eau.

— Je vais vous raconter une histoire, docteur, une chose que je crois être, à ce jour, une des deux seules personnes à connaître. Sherlock a une confiance absolue en vous, Watson, et je ne puis faire autrement que de vous accorder la même. Ce que je vais vous révéler est un secret de famille, de tous ceux qui trempèrent dans cette tragédie, nous ne sommes plus que trois survivants, dont l’un n’a jamais eu le souvenir de ce qui s’était passé.
Pour bien comprendre les choses, il faut remonter quelques années avant les événements dramatiques que je vais vous narrer, et dont personne, hormis les personnes présentes à ce moment là n’a jamais rien su.
Mon père était un petit propriétaire terrien et nous vivions agréablement, dans une confortable aisance. Mes parents avaient fait, contrairement à beaucoup de couples, un mariage d’amour et jusqu’à cette époque, une parfaite harmonie avait toujours régné dans leur couple. Ma mère était une très jolie femme, et au moment où elle avait rencontré mon père, elle était presque fiancée à l’un de ses voisins et amis. C’est d’ailleurs chez cet homme qu’ils se rencontrèrent. Ce fut un véritable « coup de foudre« * et ils se marièrent quelques mois plus tard. Le prétendant éconduit jura qu’il se vengerait, et quitta le pays peu après.
Il réapparut quinze ans plus tard, et vint reprendre possession de sa maison familiale où disait-il, il comptait venir se reposer pendant ses vacances. Peu à peu, il reprit contact avec le voisinage, y compris mes parents. Après tout ce temps, les querelles de jeunesse paraissaient bien lointaines. Il racontait qu’il était veuf depuis peu et pleurait encore son épouse.
C’est au cours de l’été 1860 que commencèrent à se nouer les fils de l’intrique qui devait conduire à une fatale conclusion.
Il redevint, du moins en apparence, l’ami qu’il avait été jadis pour mon père et commença à fréquenter assidûment la maison. J’étais moi-même étudiant à l’époque, je me préparais à entrer à la rentrée suivante à Oxford*, où il exerçait en tant que professeur de mathématiques, et il me faisait travailler pendant les vacances.
C’est à partir de ce moment que quelque chose dans l’air commença à changer. Ce fut tellement insidieux et progressif, que je fus, moi qui ne rentrais que pour les vacances presque le seul à m’en rendre compte. Mon père était devenu renfermé et agressif, ma mère gardait le silence, et elle ne souriait plus jamais. J’ai dit que j’avais été « presque » le seul à me rendre compte de quelque chose, en réalité nous fumes deux : ma grand-mère, qui était venue vivre avec nous après son veuvage, s’inquiétait fort de la situation. Je pense qu’elle a même été la seule à vraiment appréhender tous les rouages de la machination qui se mettait en place. Pour ma part, bien qu’en avance intellectuellement sur mon âge, sur tous les autres points je n’étais encore qu’un adolescent à peine sorti de l’enfance.
Celui que mon père considérait comme son ami n’avait jamais renoncé à sa vengeance. Pendant quinze ans, il avait cultivé son venin. Tel un Iago malfaisant, il déversait maintenant goutte à goutte son poison dans l’esprit de mon père, attisant sa jalousie à l’égard de la femme qu’il aimait, détruisant brique après brique la confiance qu’il avait en elle. Il n’écoutait plus que lui, et ni ma mère par sa douceur et sa conduite irréprochable, ni ma grand-mère qui fut la seule à tenter, en vain, de s’opposer au serpent ne purent rien faire pour endiguer le mal qui se répandait.
Le tragique dénouement eut lieu dans les premiers jours du mois de janvier 1861. J’avais quatorze ans, Sherlock venait tout juste d’en avoir sept.
Je me souviens bien de l’atmosphère oppressante qui cette année là obscurcissait les fêtes de fin d’année. J’étais rentré à la maison pour les vacances de Noël et au lieu de l’ambiance joyeuse qui caractérise en général cette période, surtout dans un foyer où vivent de jeunes enfants, je me retrouvais face à des visages fermés, dans une maison triste et silencieuse. Malgré son jeune âge, mon frère devait aussi percevoir quelque chose d’anormal dans l’air, et il restait des heures assis en silence dans sa chambre, jusqu’à ce que ma mère ou ma grand-mère aillent le tirer de sa torpeur, l’adolescent que j’étais répugnant à aller distraire un « morveux » de sept ans… Avec le recul je me dis… il devait se sentir tellement isolé et seul, entouré d’adultes, et d’un grand frère indifférent lorsqu’il n’était pas absent!
La nuit du drame, je fus réveillé par le bruit d’une violente dispute, que j’identifiai comme venant de la chambre de mes parents. Aurais-je pu faire quelque chose? A quatorze ans, je n’aurais jamais osé, sous aucun prétexte, me précipiter chez eux en pleine nuit. Ils se disputaient certes, et même si c’était inhabituel dans la notre, cela arrive dans toutes les familles.
C’est le bruit du coup de feu qui me fit bondir hors de mon lit et me précipiter dans le couloir au moment où une seconde détonation retentissait. Je n’oublierai jamais le silence qui se fit ensuite pendant un court instant qui sembla durer une éternité, avant que ma grand-mère et les domestiques n’accourent. Une faible lumière brillait à l’autre bout du couloir, l’éclairant juste assez pour distinguer les obstacles. Je me précipitai et soudain, je le vis. Sherlock, mon petit frère. Je le trouvai recroquevillé contre le mur, figé dans une attitude catatonique, en face de la porte ouverte de la chambre de mes parents, d’où provenait la lumière. Il avait du assister, du moins en partie, à la scène et je bénis le ciel qu’il n’ait gardé aucun souvenir de ce qui se passa cette nuit là. Je n’oublierai jamais la vision d’horreur qui s’offrit à mon regard. Il… mon père avait tué ma mère et s’était ensuite donné la mort… Vous avez vu assez de scènes de crimes, docteur, pour imaginer celle là… Et cet enfant figé, blême et les yeux vides, en face de ce tableau innommable! Je le pris dans mes bras, et cette nuit là je me jurai de ne plus jamais abandonner mon petit frère. J’avais quatorze ans et je venais de devenir adulte.
Il délira pendant une semaine et lorsqu’il revint parmi nous, il avait tout oublié, mais à partir de ce moment-là, il fut régulièrement sujet à de violents cauchemars suivis de crises de délire puis d’abattement, qui nous firent longtemps craindre pour sa santé. Nous nous installâmes à Londres où nous vécûmes avec notre grand-mère jusqu’à son décès. Sherlock a toujours cru que nos parents étaient morts dans un accident, lors d’une excursion, sur les falaises de Cornouailles. Avons-nous eu tort de lui cacher la vérité? Avec le temps, les cauchemars s’estompèrent et finirent par disparaître, du moins à ce qu’il affirmait. Il se montrait brillant dans tout ce qu’il entreprenait, mais j’ai toujours senti une fêlure en lui… Il ne sait pourtant pas ce que je suis le seul à savoir désormais… Le nom de l’homme responsable du malheur de notre famille, et qui, à ce qu’il semble, après les parents poursuit aujourd’hui les enfants de sa haine implacable : James Moriarty.

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Notes de l’éditeur :
* En français dans le texte
* A la rentrée, Mycroft aurait eu 15 ans. Mais n’oublions pas que nous avons affaire à un surdoué.

TBC

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