Les mémoires de John H Watson -5

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – L’origine du mal (2ème partie)»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes, Mycroft Holmes
Rating : G
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

L’origine du mal

Deuxième partie

gribouillis

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)

Je restais silencieux, abasourdi, assommé par ce que venait de m’apprendre l’homme qui me faisait face. Je revoyais Holmes, assis dans son lit, l’air égaré, qui m’avait fait penser à un enfant terrorisé… un petit garçon de sept ans revivant le meurtre de sa mère et le suicide de son père!  Je repensais à l’article de Freud. Les souvenirs refoulés de l’enfant recroquevillé dans le couloir expliquaient toute la complexité de la personnalité de l’homme d’aujourd’hui. Je le savais, j’en étais sur, mais comment pouvais-je me servir de ce que je venais d’apprendre pour venir en aide à mon ami? C’était la réapparition de Moriarty qui avait tout déclenché. Le nom, le visage de cet homme demeuraient profondément enfouis dans les tréfonds de sa mémoire, mais Holmes savait inconsciemment qu’il détenait les clés en lui, et c’est pour cela qu’il avait multiplié les prises de ce qu’il appelait ses « stimulants », qui étaient en train de le tuer à petit feu. Il fallait crever l’abcès, faire remonter les souvenirs oubliés à la surface, j’étais persuadé qu’il n’y avait pas d’autre moyen. Mais Mycroft accepterait-il d’avouer la vérité à son frère? Je lui posai franchement la question.

— J’ai toujours craint qu’il ne faille en arriver là un jour. Je croyais le protéger, mais je vois maintenant que j’étais dans l’erreur. Faites ce que vous pensez être le meilleur pour lui, Watson. Je vous suivrai. C’est le moins que je puisse faire pour lui, même s’il doit en arriver à me haïr.

— Auriez-vous une si piètre opinion de votre frère?

— Non, Watson, vous avez raison, mais il en aurait le droit…

— Nous ne pouvons pas lui présenter la chose comme ça, juste tout lui raconter. Je doute d’ailleurs qu’il accepterait de nous croire. Non, nous devons trouver un moyen de faire en sorte qu’il arrive à retrouver ses souvenirs par lui-même.

— Que proposez-vous, docteur?

— La maison… la maison de votre enfance. Y êtes-vous déjà retournés?

— Moi oui, de temps en temps pour m’assurer de son entretien, dont est chargé un couple de gardiens, Sherlock jamais. Il n’y a d’ailleurs jamais fait allusion en ma présence, et je me demande même s’il s’en souvient encore.

— Je suis persuadé que si nous arrivions à le lui emmener… C’est là que c’est tissé le drame qui a fait de lui ce qu’il est devenu, je suis persuadé que c’est aussi là que les fils pourront se dénouer.

— Je vais m’arranger pour l’attirer là-bas. Tenez-vous prêt aussi, docteur.

***

Après avoir pris quelques arrangements avec ma femme, je me présentai chez Holmes dans l’après-midi du même jour. Je m’étais toujours arrangé, depuis les événements décrits plus haut, pour passer chaque jour quelques instants près de lui. Il ne s’était écoulé guère plus d’une semaine depuis que je l’avais trouvé dans ce triste état, et j’étais horrifié du changement qui s’était opéré en lui en si peu de temps. La peau de son visage tendue sur ses pommettes saillantes, ses yeux entourés de cernes bleuâtres, le tremblement spasmodique de ses mains, me confortaient dans ma détermination à le tirer de là quoiqu’il put en coûter, et les quelques remords que j’aurais pu avoir du complot ourdi avec Mycroft s’envolèrent à l’instant où je pénétrai dans le salon que nous avions si longtemps partagé.

— Watson! J’attendais votre visite pour dire à madame Hudson d’apporter le thé… Une valise! Partez-vous en voyage?

— Non mon ami, mais Mary est allée passer quelques jours chez une amie à la campagne, et j’ai pensé que vous accepteriez peut-être de m’accueillir chez vous pendant son absence.

— Vous êtes autant chez vous que moi, mon ami, et vous savez que je suis toujours heureux de passer du temps avec vous… Même si dans le cas présent, je vois pointer le nez du médecin derrière le dos de l’ami!

— Vous avez en partie raison, Holmes, je ne vous ferai pas l’injure de vous cacher que je m’inquiète pour vous et que je serai plus rassuré en pouvant suivre votre rétablissement de près. Mais vous savez bien que même sans ces raisons, j’apprécie toutes les occasions de passer quelques jours avec vous.

— Toujours aussi prompt à prendre la mouche, Watson, je vous taquine! Et je suis réellement très heureux de votre présence.

Ce soir-là, après le dîner, je m’arrangeai pour faire porter la conversation sur la famille en général. Je lui parlai de mon père, médecin de campagne dans le nord du pays, et lui posai la question de ses propres origines. En effet, bien que nous connaissant depuis une dizaine d’années, nous ignorions tout de la vie de l’autre avant notre rencontre. Le regard perdu dans les flammes de la cheminée, il se fit moins prier que n’avais craint, ce qui ne fit que me conforter dans l’idée qu’un profond bouleversement s’était opéré en lui depuis quelques jours.

— Que voulez-vous que je vous raconte? Je n’ai guère de souvenirs précis de ma prime enfance. De vagues impressions de paysages de campagne, des images fixes, figées, comme des photographies. La vision très floue d’un visage souriant auréolé d’un halo de cheveux blonds, qui devait être ma mère…

— Vous ne vous souvenez pas de vos parents?

— J’avais sept ans lorsqu’ils sont morts. A la suite de quoi nous vînmes habiter à Londres, Mycroft, ma grand-mère et moi. C’est elle qui m’a élevé… c’est la seule mère dont j’ai un réel souvenir. Elle était française, je vous l’ai déjà dit, c’était une femme merveilleuse, très belle et très intelligente, artiste dans l’âme, pleine de fantaisie. Elle nous a appris les vraies valeurs de l’existence, mais aussi à analyser et à relativiser les conventions et les choses, afin de découvrir ce qui se cache derrière les apparences et à ne garder que l’important. Elle nous a enseigné à regarder derrière le masque, pour découvrir le vrai visage des gens et de la société… je pense que c’est en partie à elle que je dois ma vocation. Nous avons vécu tous les trois ensemble jusqu’à sa disparition.

Une ombre passa sur le visage de mon ami à cette évocation.

— A la suite de quoi nous nous installâmes, Mycroft et moi, dans la maison de Pall Mall qu’il habite toujours. A vingt quatre ans, je pensai qu’il était temps de voler de mes propres ailes, et décidai d’essayer de vivre de mes dons en m’installant en tant que détective consultant. Mycroft étant allergique aux va-et-vient à toute heure et aux expériences chimiques en appartement, je trouvai une chambre dans Montague street, où je vécus jusqu’à ce que le manque d’espace me pousse à chercher un autre logement. C’est alors que je vous rencontrai… vous connaissez la suite.

— Voyez-vous, Holmes, en tant que médecin, une chose m’intrigue. Lorsque je vous ai parlé, l’autre jour, du cauchemar que vous aviez fait, vous avez eu une réaction qui n’a cessé depuis de m’interpeller. Quelque chose vous ronge, mon ami, parlez-moi, je vous en conjure… Ne me faites-vous pas confiance?

— J’ai une absolue confiance en vous, Watson, vous êtes une des deux seules personnes au monde, avec Mycroft, à qui je confierais ma vie.

… Et pour qui je pourrais la donner sans aucune hésitation

Ajouta t-il d’une voix presque inaudible.

— Je suis fatigué.

Reprit-il après un silence.

— Si vous voulez bien m’excuser, je vais me retirer… nous reprendrons cette conversation une autre fois, voulez-vous? Bonne nuit, Watson.

Après qu’il eut refermé la porte de sa chambre, je restai un long moment à contempler les braises rougeoyantes dans la cheminée, avant de me lever pour les recouvrir de cendres, et de me retirer à mon tour. Il ne m’avait jamais autant ouvert son cœur sur son amitié pour moi, et j’en étais si profondément touché que j’eus du mal à trouver le sommeil.
Je ne sais pas depuis combien de temps j’étais endormi lorsque je fus tiré des bras de Morphée par les notes déchirantes du violon. La mélodie ou plutôt la suite de notes aux accents désespérés qui s’échappait de la chambre de Holmes avait de quoi glacer le sang dans les veines. Je me levai et traversai le salon en silence. Jamais je ne l’avais entendu jouer ainsi. C’était un air d’une beauté sublime et terrifiante à la fois, qui plus qu’un long discours exprimait le profond désarroi de l’âme en peine qui se cachait derrière la porte de la chambre de mon ami. Il joua longtemps et tout à coup, le concert s’arrêta net au milieu d’une phrase musicale.
Je perçus le bruit du violon tombant sur le sol, et quelque chose d’autre, qui ressemblait à un sanglot étouffé. J’hésitai un moment, la main suspendue au-dessus de la poignée de la porte, avant de retourner dans ma propre chambre, où je ne pus trouver le repos.
Le lendemain matin, je sortis de bonne heure pour effectuer quelques visites à domicile. Lorsque je rentrai, un peu après midi, Holmes n’était pas encore sorti de sa chambre. Je passai la tête dans l’encadrement de la porte, après avoir frappé les deux coups convenus.

— Holmes?

Seul un marmonnement inintelligible me répondit. J’entrai dans la chambre ou flottait un smog plus épais que celui de la ville, et ouvris en grand rideaux et fenêtres.

— Encore couché? Il est presque une heure de l’après-midi. Levez-vous et endossez une tenue correcte, madame Hudson va nous monter un en-cas.

… Vous devez réagir Holmes!

Ajoutai-je lorsqu’il fit son apparition, en robe de chambre, dans le salon.

— C’est le médecin qui parle?

— Non, c’est l’ami… et l’auditeur de vos concerts nocturnes! Il est heureux pour vous que votre voisin immédiat soit un nonagénaire sourd comme un pot, et que madame Hudson habite le rez-de-chaussée. Encore que je ne sois pas certain qu’elle ne vous entende pas. Cette femme mérite le paradis sans transition, avec un locataire tel que vous!

— Elle ira tout droit, n’en doutez pas! Désolé d’avoir troublé votre sommeil Watson, mais c’est de votre faute, vous m’avez convaincu de renoncer pour un temps à certaines substances qui seules parviennent à apaiser mon esprit privé d’action, et la musique est la seule chose qui puisse m’aider à résister à la tentation.

— Avec le tabac, si j’en crois le brouillard qui remplit votre chambre! Vous n’aérez donc jamais?

— Et depuis quand l’air de Londres est-il devenu synonyme de salubrité?

— Holmes!

— …

— Que ce passe t-il?

— mais rien mon ami, justement rien… on dirait que les malfaiteurs ont décidé de se mettre en grève illimitée. Quelque chose se prépare, j’en suis sur, mais pour le moment, rien ne bouge. Moriarty reste immobile comme une araignée au milieu de sa toile, attendant le moment propice pour déclencher son offensive, et je ne peux rien faire d’autre qu’attendre aussi… Sans parler du repos forcé auquel vous me contraignez depuis plus d’une semaine.

— Aucune expérience en cours?

— Non.

— Aucune publication de prévue?

— Non.

— Holmes, votre concert de cette nuit…

— Je m’en suis déjà excusé, il me semble!

— J’en ai été bouleversé!

— De mes excuses?

— Arrêtez de faire l’idiot, Holmes! Votre jeu avait quelque chose de déchirant. Jamais vous ne jouez de cette façon. De manière discordante et désordonnée quand vous réfléchissez, oui! Avec virtuosité lorsque vous voulez me faire plaisir, oui! Mais jamais encore je ne vous avais entendu jouer comme cela. C’était comme… comme un appel au secours. Holmes, je suis votre ami, laissez-moi vous aider. Je vous en supplie! Les… les substances que vous évoquiez tout à l’heure… vous n’avez pas recommencé à les prendre, n’est ce pas?

— Watson! Seriez-vous un adepte des théories de ce médecin autrichien dont vous lisiez un article l’autre jour dans « Le Lancet »?

— Ses théories sont extrêmement intéressantes et je suis persuadé qu’elles finiront par avoir un jour raison de ses détracteurs. Mais non, ce n’est pas là la question. Je m’inquiète vraiment pour vous, Holmes, je connais votre manière de fonctionner, mais cette fois, je sens qu’il y a autre chose.

Holmes me regardait d’un air songeur. Il semblait ébranlé. Il me tourna brusquement le dos, affectant d’aller regarder par la fenêtre.

— Je… je vous assure qu’il n’y a rien de particulier, Watson, j’ai… j’ai juste refait ce cauchemar, la nuit dernière. Cela ne m’était pas arrivé depuis des années, et ça m’a laissé une impression désagréable. Je vous assure que c’est tout, mon ami.

— Parlez-moi de ce cauchemar.

— Je n’ai jamais pu m’en souvenir. Aussi loin que je puisse remonter, je n’ai jamais pu me souvenir de rien. Rien qu’une sensation oppressante de catastrophe innommable, un sentiment de douleur et d’abandon inconcevables, une angoisse sans fond, dont j’ai du mal à me défaire au réveil… Quelque chose qui serait à la lisière de ma mémoire sans que je puisse jamais le saisir. Vous voyez, ce ne sont que des enfantillages, rien qui vaille la peine de s’inquiéter. Vraiment!

— Combien de temps?

— Comment cela?

— Vous me dites que ça remonte à plusieurs années… combien de temps?

— Oh! Eh bien… autant que je puisse me rappeler, je crois que je l’ai toujours fait. Je pense que cela doit venir de ma petite enfance. Ma grand-mère me disait que si j’arrivais à m’en souvenir, cela me guérirait.

— Votre grand-mère était une femme pleine de bon sens.

— La discussion est-elle close, Watson? Je me demande comment j’ai pu me laisser entraîner à discourir sur de pareilles puérilités!

TBC

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One Response to “Les mémoires de John H Watson -5”

  1. Sylvie Says:

    Je trouve cette histoire assez triste. Je n’aime pas beaucoup lire les histoires tristes. Cela rend pessimiste. Il est important d’aider ses amis. Sinon, en quoi serait-on un ami? Je trouve que cela montre aussi notre personnalité.

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