Les mémoires de John H Watson -6

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – L’origine du mal (3ème partie)»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes, Mycroft Holmes
Rating : PG
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

L’origine du mal

Troisième partie

gribouillis

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)*

C’est le lendemain qu’arriva le message de Mycroft. Après en avoir pris connaissance, il leva les yeux vers moi :

— Mon frère me demande de le rejoindre sans tarder dans le South Yorkshire, cela, dit-il ne devrait pas m’éloigner de Londres plus d’un jour ou deux. Il ajoute que je serais également avisé de vous demander de m’accompagner.

— Eh bien, cela tombe plutôt bien ne trouvez-vous pas? Vous êtes dans une période creuse et un changement d’air ne peut que vous être bénéfique en ce moment. Vous précise t-il de quoi il s’agit?

— Non. Mycroft a élevé la concision, tout comme le laconisme, à l’état d’un art. Mais connaissant son horreur de tout effort inutile, il doit s’agir d’une affaire d’une certaine importance pour qu’il ait accepté de se déplacer.

— Quand partons-nous?

— Voyons… si je me souviens bien de mes horaires… Il doit y avoir un train pour Barnsley, cet après-midi à quinze heures, au départ de Saint Pancrass. Cela nous laisse tout le temps de nous préparer.

Je le regardai en haussant les sourcils, mais il semblait on ne peut plus sérieux, et je ne doutai plus qu’il connaisse par cœur les principaux horaires des trains en partance des gares londoniennes. Décidément, cet homme ne cesserait jamais de me surprendre!
Les voyageurs étaient peu nombreux et nous pûmes disposer d’un compartiment pour nous seuls. Holmes, l’air préoccupé, s’était réfugié dans un mutisme que je n’osais rompre, et je me plongeai donc dans la lecture des journaux. Je dus m’endormir sur les mots croisés du Times, car je n’ai aucun autre souvenir du reste du voyage, jusqu’à ce que Holmes me secoue une épaule pour me réveiller.
Bien que Mycroft n’ait pas été censé connaître l’heure de notre arrivée, une voiture nous attendait à la gare… l’esprit des deux frères fonctionnait décidément de la même manière.

— Ou allons-nous?

— Apparemment quelque part près de Darfield, un lieu-dit nommé Greenfields Place, d’après le cocher.

Il faisait nuit depuis longtemps, une pluie fine et serrée s’était mise à tomber, et malgré les lanternes allumées de la voiture, nous ne vîmes rien du paysage que nous traversions à vive allure. La voiture s’immobilisa devant le perron de ce qui semblait être un petit manoir début de siècle. La porte fut ouverte par une jeune femme souriante qui nous débarrassa de nos chapeaux et redingotes dégoulinants avant de nous introduire dans un salon où un bon feu brûlait dans une immense cheminée.
Mycroft se leva d’un des confortables fauteuils pour nous accueillir, et je fis quelques pas dans la pièce pour le saluer. Holmes qui n’avait pas desserré les dents depuis que nous étions montés dans la voiture, s’était immobilisé sur le seuil, et regardait fixement devant lui.

— Sherlock! Tu vas nous faire attraper la mort, entre pour que Madame Pritchard puisse fermer la porte, il fait un froid glacial dans les couloirs. Vous devez être affamés après ce voyage. J’ai fait préparer un souper, nous le prendrons ici, près de la cheminée. Au diable le protocole, je préfère la chaleur!

Holmes, son instant de stupeur passé, avait fini par entrer dans la pièce et regardait maintenant autour de lui avec une curiosité teintée de surprise.

— Je suis déjà venu ici, n’est ce pas? Je ne sais pas quel est cet endroit, et pourtant j’ai l’impression de connaître exactement la place de chaque objet dans cette pièce.

Il ferma les yeux.

— Je peux encore sentir le parfum des roses entrer par la fenêtre.

— Il y avait effectivement un rosier près de la fenêtre. Il y en a toujours un d’ailleurs, ce n’est plus le même, mais j’ai toujours tenu à ce que tout reste dans le même état que lorsque nous sommes partis.

— Partis?

— Tu étais si jeune, Sherlock, qu’il est normal que tes souvenirs se soient effacés, mais c’est ici que tu as vécu les sept premières années de ta vie. J’ai gardé le domaine en état et continué à faire travailler les terres. C’est, disons, notre patrimoine, l’héritage de nos ancêtres.

— Pourquoi… maintenant?

— Je n’ai pas l’intention de te mentir, si nous t’avons fait venir ici, le docteur Watson et moi-même…

— Watson?

Il se tourna brusquement vers moi.

— Vous saviez!  Vous saviez où nous allions et vous ne m’avez…

— Il ne t’a rien dit pour que tu ne puisses pas refuser de venir! Il veut t’aider, comme je le veux moi-même… Et te ramener ici nous a semblé le meilleur point de départ possible, voilà tout. Et même si nous n’obtenons aucun résultat, eh bien, nous aurons profité de quelques jours de vacances à la campagne, cela ne peut pas nous faire de mal! Et maintenant, passons à table, ensuite nous irons tous nous reposer. Si vous le voulez bien, nous reprendrons cette conversation demain.

La soirée fut morose, Holmes, boudeur et dubitatif, ne décrocha plus les dents que pour chipoter dans son assiette, et Mycroft et moi nous perdîmes en considérations stupides sur le mois de septembre qui s’annonçait froid et pourri.
Madame Pritchard était une perle, le repas avait été délicieux et les lits dont les draps gardaient encore un léger parfum de lavande, agréablement bassinés. Sherlock et Mycroft occupaient leurs chambres de jadis, tandis que m’avait été allouée celle de leur grand-mère, contiguë à celle de mon ami. Mycroft m’avait discrètement glissé que la chambre de leurs parents était la dernière au fond du couloir.

Je ne m’attendais certes pas à ce que les choses se précipitent à ce point, mais la sensibilité naturelle de Holmes, jointe à toutes les attaques dont ses nerfs avaient été victimes ses derniers temps et à ses abus de plus en plus fréquents de cocaïne durent accélérer le processus. Le violent orage qui éclata cette nuit-là eut aussi son rôle dans la suite des événements.

Le bruit assourdissant de la foudre qui venait certainement de frapper un arbre tout près, résonnait encore dans mes oreilles comme une détonation, mêlé au hurlement qui s’élevait du couloir. Je sautai au bas de mon lit et me précipitai hors de ma chambre. A la vague lueur de la veilleuse qui restait allumée toute la nuit,  je distinguai la silhouette de mon ami au bout du couloir. Trois décennies s’étaient évanouies d’un coup, et le petit garçon se retrouvait devant la porte de la chambre de ses parents, tremblant et couvert d’une sueur glacée, recroquevillé contre le mur, les bras repliées sur le visage en un geste de défense dérisoire. Mycroft était accouru presque aussi rapidement que moi. Nous essayâmes en vain de le relever, mais ses muscles étaient tellement tétanisés que cela nous fut impossible. Sans réfléchir, je me levai d’un bond, et allai allumer toutes les lampes que je pus trouver, la lumière jaillit, montrant une pièce parfaitement en ordre, sans qu’un seul pli de la courtepointe ne soit déplacé. Après quoi, je revins vers mon ami, et réussis après maints efforts à lui faire baisser les mains de devant les yeux. Je l’obligeai alors à regarder dans la chambre, jusqu’à ce qu’il réalise enfin ce qu’il voyait vraiment. Mycroft, agenouillé près de lui, entourait ses épaules de ses bras et essayait de calmer ses tremblements. Dehors, l’orage se déchaînait.
Après un très long moment d’une terrible lutte intérieure dont j’eus un moment peur qu’elle le fasse basculer dans la folie, ses yeux retrouvèrent enfin une étincelle de lucidité, et il éclata en sanglots, comme l’enfant qu’il était redevenu pendant un moment n’avait pas pu le faire presque trente ans plus tôt. Ce fut un moment horrible pour nous tous, auquel j’aurais tout donné pour ne pas assister, mais ce fut aussi la libération d’années d’une souffrance sans nom. Lorsqu’il réussit à se calmer un peu, nous l’aidâmes à regagner sa chambre, et comble de l’ironie, c’est moi qui cette nuit-là lui fit une injection de morphine afin qu’il puisse enfin trouver un peu de repos.
Nous ne le quittâmes pas de la nuit, assis de part et d’autre de son lit, nous n’osions échanger une parole, trop bouleversés par la tragédie que nous venions de vivre, et sachant qu’elle n’avait rien été comparée à la sienne. Son organisme s’était accoutumé à la drogue, et il mit beaucoup moins de temps que je ne l’avais espéré à récupérer. Le jour commençait juste à chasser l’obscurité de la chambre lorsque je sentis littéralement peser son regard sur moi. Je levai les yeux et lus dans les siens qu’il se souvenait de tout. Je lui pris la main et la serrai dans les miennes.

— Mon ami!

— Moriarty! Il a prononcé son nom… Juste avant…

A ces mots, Mycroft, qui avait fini par s’assoupir sursauta et releva la tête. Holmes parlait maintenant, d’une voix hachée mais en flot continu.

— Je les ai entendus… Ils criaient… Jamais ils ne criaient… J’ai eu peur… Je me suis levé… La porte était ouverte… Elle avait du essayer de s’enfuir… Elle… Il…Il a tiré… Maman! Père! Non!
Les larmes s’étaient remises à couler sur ses joues, sans qu’il songe à les essuyer. Mycroft baissait la tête d’un air accablé.

— Sherlock, je… je te demande pardon! J’aurais du…

— Pardon? Pourquoi? Tu avais quatorze ans, qu’aurais-tu pu faire de plus? Tu m’as élevé, tu t’es occupé de moi. Vous m’avez donné tout ce que vous avez pu, grand-mère et toi. Crois-tu que j’aurais été plus heureux en sachant la vérité? J’aurais seulement su plus tôt qui se cachait derrière mon ennemi et pourquoi il me haïssait autant, moi, le fils de son rival, qui par une suprême ironie du destin était aussi celui qui le traquait, sans savoir que son premier crime avait été la mort de mes parents! Regarde-moi, Mycroft… Ils étaient morts, et peu importe que cela ait été dans un accident ou… d’une autre manière, pour le petit garçon que j’étais, cela ne changeait rien. Vous avez voulu m’épargner, personne ne peut dire que ce choix était le pire.

— Il l’est devenu, plus tard.

— Personne ne peut prévoir l’avenir, la vie est faite de choix et parfois on n’a le choix qu’entre moins mauvais ou pire, mon métier m’aura au moins appris cela. Les regrets sont superflus, seul le présent compte. Et je ne saurais désirer ni un meilleur frère, ni un meilleur ami que vous deux.

Après cette nuit terrible, nous passâmes encore trois jours dans le South Yorkshire. Un beau temps de fin de saison s’était réinstallé. Holmes voulut tout voir, tout visiter. La maison de Moriarty était inoccupée depuis des années et tombait en ruines. Il tint à l’explorer pour disait-il, s’imprégner de l’esprit de son ennemi. Lorsque nous rentrâmes à Londres, il avait déjà bien meilleure mine et semblait avoir repris goût à la vie. Il avait maintenant une raison de plus de vouloir neutraliser Moriarty et il se remit au travail sans tarder.

Ce travail devait hélas trouver son épilogue quelques mois plus tard*, en Suisse où sa traque nous avait conduits tous les deux. Ce fut notre dernière aventure, et la douleur en est encore trop récente pour que je puisse en parler ici. Peut-être un jour relaterai-je son plus grand exploit et son plus grand sacrifice, mais avant, le temps devra faire son œuvre afin que cette blessure puisse se refermer.
Il y a maintenant un mois que je suis rentré en Angleterre et je ne sais que faire de ma vie. Heureusement que ma chère Mary est auprès de moi pour m’aider à surmonter cette épreuve, la plus terrible qu’il m’ait été donnée de traverser dans toute mon existence. Je passe parfois voir Mycroft, avec qui nous évoquons celui qui fut notre frère à tous les deux, à lui par le sang et à moi par les liens d’une éternelle amitié. Il semble, malgré son chagrin, prendre les choses avec beaucoup plus de sérénité que moi, mais pourra t-on jamais savoir ce qui ce passe dans le cœur et dans la tête d’un Holmes?
Parfois, je me prends à rêver qu’il n’est pas mort, et qu’il réapparaîtra un jour devant moi, comme par magie,  pour m’entraîner vers de nouvelles aventures, dans ces moments là je peux presque entendre sa voix : « Watson, la chasse est ouverte! ».

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* D’après les indications temporelles données par Watson à la fin du récit, celui-ci fut rédigé en juin 1891, un mois après la disparition de Holmes dans les chutes de Reichenbach. Les événements décrits se situant en septembre 1890.
* voir « le dernier problème »

TBC

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