Les mémoires de John H Watson -7

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – L’épingle de turquoise»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes
Rating : G
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

L’épingle de turquoise

gribouillis

(Extrait des mémoires du Dr John H Watson)

Un dimanche de décembre 1895, alors que nous paressions au coin de la cheminée après le déjeuner, j’osais aborder un sujet qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois.

— Holmes, j’insiste. En tant que votre chroniqueur, il reste des lacunes qui…

Un sourire amusé flotta sur son visage.

— Oui?

— Par exemple, la période 1891-1894.

— A tout hasard, hein? Depuis mon retour, je me demandais quand vous alliez aborder ce sujet… Mais honnêtement, je ne vois pas en quoi cela peut vous intéresser à ce point? Je vous ai déjà dit que j’avais abandonné pour un temps mes activités professionnelles pour parcourir le monde, que voulez-vous que je vous raconte de plus sur cette période?

— Faites-moi la grâce de ne pas me prendre pour le plus parfait des imbéciles, Holmes. Je sais que vous avez mon intelligence en piètre estime, mais vous ne me ferez pas croire que vous avez voyagé uniquement pour le plaisir. Certaines coïncidences dans les dates de vos séjours avec des évènements…

Il me regarda en plissant les yeux, les mains jointes par le bout des doigts, ainsi qu’il en avait l’habitude lorsqu’il réfléchissait.

— Je ne vous ai jamais pris pour un imbécile, Watson. Vous ne voyez généralement que la partie émergée de l’iceberg et vous êtes parfois un peu lent dans vos déductions, mais il faut reconnaitre qu’à mon contact, vous avez fait d’immenses progrès!

— Je constate en tous cas que votre modestie ne s’est pas aiguisée pendant votre absence. Il y a des choses qui ne changent jamais.

— Allons Watson, ne prenez pas la mouche! Vous savez, une des choses qui m’ont le plus manquées pendant cette période, c’était votre compagnie, et la stimulation que m’apportaient nos conversations. Je m’en suis voulu de vous avoir laissé croire à ma mort, mais cela était nécessaire, croyez-moi. Vous ne savez pas dissimuler, et votre chagrin même accréditait mon décès aux yeux du monde. Je m’en suis voulu de ne pas être auprès de vous lorsque vous avez perdu Mary. J’ai même songé alors à revenir à Londres, mais Mycroft m’a convaincu qu’il était encore trop tôt pour réapparaître et mon cœur a saigné de ne pas pouvoir vous soutenir dans cette épreuve.
Ceci dit, je dois avouer que cette liberté toute neuve qui m’était donnée me grisait un tant soit peu. Cette notoriété que vos comptes-rendus, bien que souvent peu fidèles à la réalité m’avait donnée, pesait de plus en plus lourd sur mes épaules et dans un premier temps, je me laissai porter au gré de mes envies. Mycroft survenait régulièrement à mes besoins matériels, et pendant quelques mois je visitai les grandes cités d’Europe, m’imprégnant de la culture des peuples qui ont construit notre civilisation. Cependant, vous me connaissez assez pour savoir que l’inactivité ne me vaut rien, et je n’étais pas très loin de retomber dans les errements dont vous aviez réussi à me tirer. C’est alors que Mycroft me proposa, à tant que faire de voyager, de mettre pour quelques temps mes modestes talents au service de sa gracieuse majesté en travaillant pour le Foreign Office. Pouvais-je refuser ce service à mon pays? Mes «missions» me conduisirent entre autres au Tibet, en Perse et en Arabie, sous l’identité d’un explorateur norvégien nommé Sigerson, cela je vous l’ai déjà dit, mais pour le reste, ce ne sont pas des choses dont je suis autorisé à parler, même pas à vous. De retour en Europe, je m’installai pour un moment dans le sud de la France, à Montpellier, afin de mener à bien certaines expériences. C’est l’affaire de Park Lane, dont les ramifications recoupaient mon enquête sur les vestiges de l’organisation de Moriarty, qui m’a incité à rentrer en Angleterre… Vous connaissez la suite.

Je finis par me résigner à cette explication, si Holmes avait effectué quelques missions secrètes pour le Foreign Office, il était effectivement tenu au silence le plus absolu et je ne pouvais décemment pas me permettre d’insister. Je décidai toutefois d’en apprendre un peu plus sur ce Sigerson, dont il avait pris l’identité et dont les exploits, m’avait-il dit, avaient été relatés dans la presse, mais auquel je l’avoue, je n’avais pas prêté attention à l’époque. Outre sa disparition, ces années sombres avaient été entachées par le deuil immense qui m’avait frappé peu après, et j’avoue que pendant un temps, je m’étais alors complètement laissé aller, plus rien ne pouvant arriver à m’intéresser dans cette vie où j’avais perdu tous les êtres qui m’étaient le plus chers. Avec le recul, je m’aperçois maintenant qu’au travers de son frère, mon ami avait fait tout ce qui était en son possible pour moi malgré son éloignement, et je trouve peu à peu l’explication de nombreuses petites choses qui n’avaient pas éveillé mon attention sur le moment, mais qui m’avaient empêché de sombrer définitivement dans la plus profonde dépression, voire pire, car dans mon désespoir, j’avais été un instant tenté d’expérimenter sur moi-même les substances dont j’avais eu tellement de mal à éloigner Holmes.

Je pris contact avec un journaliste de ma connaissance, qui avait été mon patient, et pus ainsi consulter à loisir toutes les archives de ces années-là. Le nom de Sigerson apparaissait effectivement régulièrement, et je pus suivre sans peine et avec exactitude l’itinéraire des pérégrinations de Holmes. La relation des exploits de l’explorateur norvégien s’arrêtait peu après la fin de l’année 1892, mais je recollai bientôt à sa trace dans une rubrique où, connaissant son aversion pour la publicité, je n’aurais jamais pensé à aller chercher des nouvelles de mon ami. C’est en effet dans la rubrique mondaine que je reconnus son nom d’emprunt, au côté d’un autre, que je connaissais bien également. Il m’avait parlé de Montpellier, où il avait mené certaines expériences avant de rentrer en Angleterre, mais c’est à Monaco que je le retrouvai, dès le printemps de 1893. Son altesse sérénissime le prince Albert 1er, lui-même grand explorateur maritime, inaugurait, entouré de personnalités éminentes, parmi lesquelles un certain Sigerson, une série d’expositions et de conférences sur l’océanographie et la biologie des profondeurs. Je m’apprêtais à refermer le journal, lorsqu’un nom, dans un entrefilet placé au-dessous de l’article que je venais de consulter, accrocha mon regard, me laissant songeur. Il y était brièvement fait mention que la célèbre contralto américaine Irène Adler avait loué une villa dans la principauté, afin de se remettre de l’épreuve de son récent veuvage.
Cette dame, avant son mariage, avait souvent fait la une des gazettes à scandales. Elle était aussi connue pour son immense talent, que pour s’être tirée indemne de plusieurs «affaires» liées à des escroqueries de haut vol, dans lesquelles elle s’était toujours arrangée pour qu’on ne puisse jamais remonter jusqu’à elle, ainsi que pour ses liaisons tumultueuses avec des grands de ce monde, le dernier en date ayant été le roi de Bohème. Ce dernier avait en cette occasion fait appel à Holmes pour déjouer une tentative de chantage de la dame, affaire que j’ai relatée sous le titre de « Un scandale en Bohème ». Depuis, il ne parlait jamais d’elle, avec le plus grand respect, que sous l’appellation de « La Femme »… la seule qui avait réussi à la fois à vaincre son orgueil et à toucher son cœur, sans qu’il veuille se l’avouer à lui-même pendant longtemps.
Cette découverte fortuite m’amena à creuser un peu plus profond les potins mondains de cette période. Il faut avouer que la coïncidence était troublante, et que je brûlais d’envie de taquiner Holmes sur un sujet sur lequel il était particulièrement chatouilleux. Je trouvai très vite ce que je cherchais. Certains journalistes, connaissant l’engouement du public pour les petits ou grands travers de la haute société, prennent un plaisir évident à « traquer » certaines personnalités en vue, et Miss Adler était de celles-là. Cependant, au travers des différents articles la concernant, on pouvait sentir le désappointement des reporters à la voir mener une vie relativement rangée. Elle participait, bien entendu, à tous les événements mondains de la Riviera, mais aucun scandale n’entachait plus son nom, et son chevalier-servant du moment n’était qu’un explorateur norvégien, qui bien qu’ayant fait parler de lui récemment pour ses exploits, n’était pas aussi excitant pour ces messieurs, qu’une tête dont elle eut pu faire trembler la couronne. Aussi, lorsque la dame accepta de chanter le rôle titre de l’aguicheuse bohémienne dans «Carmen», le chef-d’œuvre de Bizet, qui était donné, pour une unique et exceptionnelle représentation à l’Opéra de Monte-Carlo, à l’occasion de l’anniversaire du souverain, le 13 novembre 1893, s’en donnèrent-ils à cœur-joie. Sous le titre accrocheur « Le prince et la diva », s’étalait une photographie grand format des personnalités en question pendant la réception qui suivit la représentation, mais au côté de la jeune femme, figurait un autre personnage, en qui, bien qu’il ait essayé de se dissimuler au maximum et que son image fut en partie tronquée, je reconnus immédiatement mon ami, malgré les modifications qu’il avait apportées à sa physionomie pour incarner son avatar norvégien. L’espoir des journalistes fut finalement déçu, car Irène Adler quitta la Riviera peu après, sans qu’ils aient rien pu trouver de plus croustillant à se mettre sous la plume. J’eus beau chercher, je ne trouvai nulle part plus aucune trace, ni de Sigerson ni d’Adler.
Holmes était rentré en Angleterre au printemps de 1894, afin d’élucider le meurtre de l’honorable Ronald Adair, ce qui permit de mettre fin aux activités du colonel Moran et d’éradiquer ce qui restait de l’organisation criminelle de Moriarty. Qu’était-il advenu d’Irène? L’avait-elle suivi? Était-elle retournée dans le New Jersey?

J’étais assez satisfait de ma petite enquête, bien qu’il restât encore quelques questions sans réponses, et je pris un cab pour rentrer plus rapidement à Baker Street. Je m’étais attardé plus que prévu, et ce soir-là, je devais accompagner Holmes à un concert au Royal Opéra House. Non que je fusse très amateur de ce genre de spectacle, mais c’était, je crois l’avoir déjà mentionné par ailleurs, une des rares occasions pour lesquelles mon ami acceptait de bon cœur de sortir dans le monde, et les distractions faisaient cruellement défaut durant les longues soirées d’hiver. Nous avions prévu d’aller souper après le spectacle et une soirée à l’extérieur était toujours bonne à prendre. Lorsque je sortis de ma chambre, après m’être changé, Holmes m’attendait dans le salon en faisant les cent pas devant la cheminée. J’avais beau y être habitué, le contraste entre son habituelle mise bohème et l’élégance à la fois impeccable et nonchalante avec laquelle il portait l’habit, me confondait toujours.

— Un vrai Brummell… Vous m’épaterez toujours, Holmes!

— L’art du travestissement n’est-il pas une des bases de mon métier?

— Très spirituel… Tiens, une nouvelle épingle à cravate?

— Oh…oui, un… humm… souvenir de voyage.

— Très joli bijou… et d’une symbolique tout à fait intéressante!

— Je ne suis pas absolument certain d’avoir raison de poser la question mais : qu’entendez-vous par là?

— Eh bien, vous n’ignorez certainement pas que la turquoise est censée être une pierre protectrice contre le danger, quand au motif… un myosotis si je ne m’abuse… voyons, ne serait-ce pas… « ne m’oubliez pas »? Le genre de bijou qu’une femme amoureuse pourrait offrir à l’homme dont elle va être séparée… lorsqu’il doit s’éloigner pour reprendre un métier périlleux… après une escapade sur la Riviera, par exemple.

— Vous… vous devriez vous reconvertir dans l’écriture de romans sentimentaux, Watson, vous feriez un tabac auprès des jeunes filles. La fortune assurée.

— J’y ai pensé, figurez-vous. Que diriez-vous de Sigerson pour le nom du héros? J’en situerais bien l’action à Mon…

— Ça suffit, Watson! J’ai compris! Vous vous êtes bien amusé?

— Il n’y a rien de honteux à ça, Holmes! Pourquoi refuser d’admettre que vous pouvez parfois vous comporter comme un être humain ordinaire?

— D’accord, pour une fois, vous m’avez eu! Je veux bien l’admettre devant vous, mon vieux, mais n’allez surtout pas vous amuser à écrire quoi que ce soit sur ce sujet dans vos articles!

— A une condition : qu’est devenue Miss Adler?

— Ah! Votre enquête comporte donc des lacunes? Vous allez être déçu, mon ami. Elle est retournée en Amérique. Nous avons eu un petit désaccord sur… la suite à donner à notre… heuu … collaboration.

Je haussai les sourcils et me pinçai discrètement pour éviter d’éclater de rire. Lorsqu’il lui arrivait, rarement, de se laisser entraîner sur le terrain des sentiments, Holmes perdait généralement une bonne partie de ses moyens et de sa faconde.

— Collaboration?!!! … Mmffff… Cependant, elle tient toujours à vous, le message est explicite.

— Vous le savez, ma science ne s’étend qu’aux choses importantes pour ma profession. La symbolique des pierres précieuses et le langage des fleurs n’en font pas encore partie, mais je fais confiance à votre esprit de midinette* romantique pour combler mes lacunes sur ces sujets-là! Pouvons-nous y aller maintenant? Je n’aimerais pas manquer le début.

Dans la pénombre de la loge, j’observais mon ami avec amusement, mais aussi un certain attendrissement. Par moments, son regard dérivait dans le vague et ses doigts venaient se poser sur l’épingle de turquoise. J’étais heureux pour lui de ces quelques mois de bonheur qu’il avait pu voler à la vie. C’était une bien petite compensation pour toutes les épreuves qu’il avait subies, et je craignais fort que cela ne puisse jamais se reproduire… Il s’autorisait si rarement à montrer son côté sensible et simplement humain. Je ne pouvais m’empêcher d’éprouver un petit pincement au cœur pour lui, il avait fait une fois pour toutes le choix de son métier, et il l’assumait pleinement, même si ce choix impliquait l’acceptation de douloureux renoncements. Il restait toutefois un espoir : la dame avait une personnalité au moins aussi forte que la sienne, et elle l’avait déjà vaincu plus d’une fois…

*En français dans le texte.

TBC

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