Les mémoires de John H Watson -9

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – Une question de justice»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Enquête
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes, personnages annexes
Rating : PG
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doylene

plume

Une question de justice

gribouillis

(Extrait des mémoires de John H Watson)

Il n’existe aucun homme sur terre qui soit aussi droit et honnête que Sherlock Holmes. Cependant, son sens exacerbé de la justice l’incite parfois à agir de manière peu conventionnelle, parfois même à l’extrême limite de la légalité, et je l’ai plus d’une fois entendu déclarer avoir le sentiment d’avoir commis plus de mal en découvrant le criminel, que celui-ci n’en avait fait par ses actes. Une affaire en particulier mit à rude épreuve ce sens particulièrement sensible chez lui. Je n’en ai jamais fait et n’en ferai jamais de compte-rendu public, tant elle fut douloureuse pour tous ceux qui en furent les protagonistes.

Nous étions en août. Dès les premières heures, cette journée s’était annoncée caniculaire, et j’avais profité de la relative fraîcheur de la matinée pour aller faire quelques courses. En rentrant, je trouvais Holmes en bras de chemise, debout devant la fenêtre, une lettre à la main.

— Ah, bonjour, Watson. Belle journée en perspective, n’est ce pas? Que pensez-vous de ceci?

Fit-il en me tendant la courte missive, dont je pris rapidement connaissance :

« Cher monsieur Sherlock Holmes,

Je sollicite votre assistance dans une affaire que je ne peux vous soumettre par écrit. Vous me pardonnerez de ne pas venir vous l’exposer en personne, mais la peur est une compagne tyrannique qui m’interdit de sortir de chez moi. En conséquence, je vous serais reconnaissant de bien vouloir venir me rendre visite aussitôt que cela vous sera possible. Mon messager attendra votre réponse et vous indiquera mon adresse. Il est bien entendu que le désagrément de ce déplacement vous sera rémunéré, ceci même dans l’éventualité où vous n’accepteriez pas mon affaire.

Acceptez… etc. »

La lettre n’était pas signée. Je levai les yeux de la feuille et jetai un coup d’œil à l’enveloppe posée sur la table.

— Le papier et l’enveloppe sont de qualité tout à fait ordinaire, mais l’écriture est celle d’un homme cultivé, la calligraphie est élégante et l’orthographe correcte. Quelque-chose le terrifie assez pour qu’il n’ose, même en plein jour, sortir de chez lui. Il a du faire porter sa missive par une personne qu’il connaît assez pour lui faire confiance. L’absence de signature renforce encore le fait qu’il ne veuille pas que l’on puisse remonter jusqu’à lui au cas où le message serait intercepté.

— Excellent, Watson. Vous êtes en très net progrès! Je ne pense pas en effet, que l’on puisse déduire grand chose de plus du message lui-même, mis à part le fait évident que ce monsieur avait pris la précaution de noter mon adresse avant de se cloîtrer chez lui. Il a du la chercher un moment avant de l’inscrire sur l’enveloppe, mais la conservait tout de même à sa portée, voyez comme l’encre du nom est noire et nette, la plume venait certainement d’être trempée dans l’encrier, alors que la suite est décolorée, grisâtre : elle a eu le temps de sécher entre les deux opérations, mais pas assez longtemps  pour nécessiter être ré-encrée. Les gens ne gardent habituellement pas l’adresse d’un détective à portée de la main. Nous pouvons en déduire que sa peur est ancienne, mais qu’un élément nouveau a du se produire très récemment, ce qui l’a incité à m’écrire aujourd’hui. Je lui ai fait répondre que je lui rendrai visite à 3 h cet après-midi. Vous plairait-il de m’accompagner?

— Bien volontiers, au moins à l’extérieur aurons-nous une petite chance de croiser un courant d’air.

— Certes, mais je vous avertis, Watson, que nous n’allons pas flâner à Hyde park.

Holmes adore les déguisements, en pantalon de serge, veste grossière qu’il avait enlevée et balançait négligemment sur une épaule et casquette d’ouvrier, il était parfaitement dans son élément, et se fondait littéralement dans le décor. Même sa démarche devenait différente. Il m’avait souvent expliqué que l’absolue exactitude d’un costume ou d’un maquillage était bien moins importante que la manière de les arborer et de se mouvoir. J’avoue que pour ma part, j’étais beaucoup moins à l’aise, mais s’aventurer dans la zone ouvrière de l’East End impliquait de prendre certaines précautions.
On avait l’impression d’entrer dans un autre monde, bruyant et grouillant d’une humanité misérable. Les rues, jamais entretenues et dans lesquelles même les policiers hésitaient à s’aventurer seuls, étaient semées d’immondices de toutes sortes, la fumée des usines, les odeurs provenant des tanneries, fabriques de savon et autres vinaigreries vous saisissaient à la gorge. Le mot pollution prenait ici tout son sens, et tout ceci associé au manque quasi total d’hygiène provoquait régulièrement des épidémies foudroyantes qui décimaient immanquablement une grande partie de la population de ces quartiers défavorisés, méprisés voire sciemment ignorés des classes dites supérieures. C’était le foyer de tous les vices et un vivier permanent d’anarchie et de révolte.
Nous nous trouvions à la limite de Whitechapel, une des parties les plus déshéritées de la ville, formée d’un labyrinthe de ruelles étroites où le soleil ne pénètre jamais. Comment un habitant de cet endroit pouvait-il avoir eu l’idée de faire appel à Holmes… Bien qu’il eût de « vieilles connaissances » dans les couches les plus diverses de la société, il devait compter ici plus d’ennemis que d’amis.

— Notre homme a du penser qu’il serait plus facile de se cacher, ici.

Nos pensées avaient suivi le même chemin, à moins qu’il n’ait lu l’étonnement sur mon visage. Il s’arrêta devant une maison d’apparence un peu moins délabrée que les autres et frappa à la porte. Un gamin d’une dizaine d’années vint nous ouvrir et nous précéda dans un escalier sombre et presque aussi raide qu’une échelle. Il frappa d’une manière convenue à l’unique porte du troisième étage, qui devait avoir été autrefois celle du grenier. Personne ne répondant, il recommença plusieurs fois sans qu’un seul bruit ne se fasse entendre à l’intérieur. Il finit par se retourner vers nous d’un air inquiet : l’occupant des lieux ne sortait jamais, et ne recevait jamais personne. Lui-même était payé pour rester en permanence à la maison afin de faire le guet, une aubaine qui lui évitait l’esclavage habituel des enfants dans les usines. Il ne s’absentait, pour faire les courses du mystérieux locataire, que lorsque sa mère était présente. A la demande de Holmes, il descendit chercher le double des clés pendant que nous patientions sur le minuscule palier.
« L’appartement » consistait en tout et pour tout en une grande pièce mansardée, dont un angle était occulté par un rideau. Une trappe donnait sur le toit et pouvait faire, en cas de besoin, office de sortie d’urgence, ce qui expliquait peut-être l’insistance de l’homme à vouloir occuper cet étage. Un minuscule vasistas donnant sur la rue laissait entrer un jour parcimonieux et constituait la seule ouverture, il était grand ouvert, certainement à cause de la chaleur infernale qui régnait dans cet appentis. L’ameublement se réduisait à un lit, une chaise, une petite table sur laquelle était posés une lampe à pétrole et un nécessaire d’écriture. Quelques patères fixées au mur faisaient office de penderie.
Un homme d’une quarantaine d’années gisait sur le sol, face contre terre. Je me penchai sur lui, mais ne pus hélas que constater ce dont je me doutais déjà. L’homme était mort, très certainement depuis peu, en attestaient la température du corps, ce qui compte tenu de la chaleur ambiante n’était pas le plus probant, l’absence de rigidité et surtout le témoignage du garçon qui avait parlé à notre homme moins d’une heure auparavant. Aucune blessure n’était visible sur les parties exposées du cadavre, seulement vêtu d’un pantalon de flanelle qui dénotait dans ce quartier, et d’une chemise dont il avait retroussé les manches.
J’allai tirer le rideau, qui ne dissimulait qu’une étagère de bois brut sur laquelle étaient posés une cuvette, un rasoir et un pot de savon à barbe. Un miroir ébréché était suspendu au-dessus de cette tablette. Par terre, un broc d’eau, et un seau en zinc. Rien que de très ordinaire, on n’aurait pu trouver environnement plus tristement dépouillé.
L’homme pouvait bien entendu être décédé de mort naturelle, mais son appel à notre aide quelques heures plus tôt tendait à écarter cette hypothèse. Holmes s’était agenouillé près du corps, il avait sorti une loupe de poche et avait entrepris de l’examiner aussi minutieusement que s’il avait été allongé sur une table d’autopsie. Il avait déboutonné la chemise et remonté les manches plus haut, à la recherche de toute trace susceptible le l’éclairer sur les circonstances de la mort. Tout à coup, il poussa une exclamation étouffée, et il se redressa, tenant entre deux doigts une chose minuscule.

— Absolument fascinant… Observez!

— On dirait une épine.

— Exactement. Une épine fichée dans le cou de notre victime. Il n’a même pas du la sentir lorsqu’elle s’est plantée… Attention de ne pas vous piquer, Watson!

— Vous pensez que…

— Je ne pense pas, je suis sur! Maintenant voyons comment… Mais oui, bien entendu! La chaleur amollit mon cerveau!

Et il se précipita dans l’escalier au risque de se rompre le cou. Lorsque je le rejoignis, il parlementait avec la propriétaire de la maison d’en face. Oui, elle avait loué son grenier quelques jours plus tôt  à deux hommes. Un anglais et son domestique indigène. Des gens discrets, qui avaient payé une quinzaine d’avance. Non, elle n’en savait pas plus, ici, on ne posait pas de questions.

— Vite! Il est peut-être déjà trop tard!

Cria t-il en se ruant dans l’escalier. Nous n’eûmes même pas à frapper. Un homme d’environ trente cinq ans venait d’ouvrir la porte, alerté par le bruit. Il s’effaça pour nous laisser entrer.

— Vous êtes de la police?

— Non. Mon nom est Sherlock Holmes, je suis détective privé, et voici mon collègue le Dr Watson.

— Je connais votre nom et votre réputation, monsieur, je sais pourquoi vous êtes ici et je n’essaierai pas de fuir. J’ai conscience que rien ne peut excuser ce qui vient de se passer, mais si vous me le permettez, je voudrais vous raconter notre histoire, fit-il en se tournant vers l’autre occupant de la pièce, qui se tenait assis en tailleur dans un angle.
Je m’appelle James Greenwood. Il y a une quinzaine d’années, je m’embarquai avec une équipe de scientifiques pour l’Amérique du Sud où nous devions explorer et répertorier la faune et la flore de l’Amazonie. Je ne m’attarderai pas sur les difficultés de l’expédition. Les maladies, les animaux, les tribus indigènes hostiles eurent bientôt raison de notre mission. Plus de la moitié de l’expédition avait déjà été décimée lorsque nous décidâmes de rebrousser chemin. Mais le mauvais sort continua à s’abattre sur les survivants avec la saison humide. Au bout de quelques jours, je me retrouvai, seul survivant dans la forêt hostile, à bout de forces et délirant de fièvre. N’ayant plus aucun espoir, je m’étendis sur le sol pour attendre la mort et ne tardai pas à sombrer dans l’inconscience.
Lorsque je me réveillai, j’étais allongé dans un hamac, ma fièvre avait disparu et une jeune fille m’observait avec curiosité. La plupart des tribus dites « sauvages » sont souvent beaucoup plus humaines et hospitalières que nos peuples prétendument civilisés. Je vécus avec eux, appris leur mode de vie et leurs coutumes, et finalement, je décidai de rester parmi ce peuple qui m’avait recueilli et accepté. J’avais trouvé dans cette vie simple la liberté, le bonheur et l’amour. J’épousai la jeune fille qui m’avait soigné et je pensais vivre ainsi le restant de ma vie, au plus près d’une nature qui survenait à tous mes besoins.

Le visage de l’homme s’assombrit, il avala sa salive avec difficulté, puis il continua d’une voix assourdie.

— Mais la cupidité de l’homme blanc est insatiable et sa soif de richesses et de domination conduit à toutes les exactions. Avec quatre autres hommes, nous étions partis chasser, nous absentant pendant quelques jours. A notre retour, nous trouvâmes le village incendié, et toute la population massacrée. Seul un adolescent, qui avait réussi à se cacher avait survécu. Il nous raconta ce qui s’était passé. Ils avaient surgi en pleine nuit, les surprenant dans leur sommeil. Il ne restait au village que les femmes, les vieillards, les enfants et trois hommes adultes. Ils n’eurent même pas le temps de se saisir de leurs arcs. Les blancs avaient d’abord tué les hommes, les anciens et les enfants. Ensuite ils…

Sa voix se brisa.

— … Ils avaient violé les femmes avant de les achever sauvagement à coups de machettes… Ma… ma femme… elle attendait un enfant… parlait quelques mots d’anglais que je lui avais appris. Les entendant parler dans cette langue, elle les avait suppliés, mais ils n’avaient eu aucune pitié.

Il se tut un instant. L’émotion était palpable dans la pièce à l’atmosphère confinée.

— Nous partîmes en chasse contre ces animaux plus féroces que tous les guépards, serpent et insectes de la forêt, et les éliminâmes l’un après l’autre. Un seul réussit à s’échapper… Le bourreau de mon épouse et de notre futur enfant. Je jurai de le pourchasser jusqu’au bout de la terre s’il le fallait. Ma traque m’a conduit ici, la chance sembla enfin me sourire lorsque je trouvai cette chambre juste en face de la sienne. Il était à ma portée, mais il me savait sur ses traces, et il se méfiait. Aujourd’hui, certainement poussé par la chaleur, il commit une imprudence et ouvrit sa fenêtre…

— Dès lors, il était aisé pour un chasseur expérimenté de l’atteindre, à l’aide d’une sarbacane…

— Oui. Il marchait nerveusement en long et en large, sans jamais jeter un œil à l’extérieur. Jarhuac et moi tirâmes ensemble et lorsque nous le vîmes s’écrouler, nous sûmes que nous pouvions enfin trouver le repos. Vous comprenez, il n’est pas mon domestique, comme se l’est imaginé, en bonne représentante de la « race supérieure », notre logeuse. Il est mon beau-frère. C’est lui, l’adolescent qui réussit à échapper au massacre dans lequel périrent sa sœur, ses parents et toute sa tribu.
Vous connaissez maintenant toute la vérité. Vous pouvez nous livrer aux autorités, cela n’a plus aucune importance, nous avons accompli notre destin.

Après un long moment, Holmes reprit la parole.

— Je ne puis faire autrement qu’informer la police, l’homme qui avait sollicité mon aide étant mort, lorsque je suis arrivé chez lui, bien que rien apparemment n’indique dans quelles circonstances… En tout état de cause, mon potentiel client étant décédé, il n’a pu m’informer de la mission qu’il avait l’intention de me confier, et je n’ai donc plus rien à faire ici. Cependant, j’aimerais votre parole à tous deux, de ne pas quitter ce logement avant une semaine entière.

Après que les deux hommes lui aient juré de respecter leur serment, nous quittâmes la maison pour revenir dans l’appartement du drame, Holmes dépêcha le gamin au poste de police le plus proche, et nous restâmes seuls avec le cadavre en attendant les autorités.

— Holmes! Avez-vous vraiment l’intention de laisser les assassins s’en tirer à si bon compte?

Agité, l’air soucieux, il arpentait rageusement le grenier d’un bout à l’autre. Un terrible dilemme torturait visiblement sa conscience.

— Ne croyez-vous pas, Watson, qu’ils sont déjà condamnés, depuis la destruction de leur peuple, à la plus lourde des peines? Les considérez-vous comme plus coupable que le misérable qui est étendu là? Pensez-vous qu’ils puissent encore nuire à qui que ce soit? Laissons au ciel le soin de leur punition. Quand à moi, je suis certain qu’ils préféreraient la mort à la vie qu’ils vont devoir affronter, à présent qu’aucun but ne les anime plus. Mais je laisse une chance à la justice des hommes. Lorsque la police arrivera, elle disposera exactement des mêmes éléments et indices que nous, y compris la deuxième épine, souvenez-vous que je n’en ai retrouvé qu’une. Je suis certain que Greenwood et Jarhuac ne failliront pas à leur parole, et que si le doigt de Dieu guide les policiers, ils ne se déroberont pas devant leurs responsabilités.

La main divine ne guida pas les hommes de la loi, mais nous eûmes une dernière fois des nouvelles de cette affaire, lorsque l’Amélia Grace, qui voguait vers l’Amérique du Sud, signala la disparition mystérieuse, en pleine mer, de deux de ses passagers, Monsieur J. Greenwood et son « serviteur » Jarhuac.

Holmes reposa le journal qu’il venait de lire.

— La justice est satisfaite, Watson, puissent ces deux âmes tourmentées trouver enfin le repos!

TBC

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