Les mémoires de John H Watson -14

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Titre : «Les mémoires de John H Watson – Une affaire d’état (5ème partie-épilogue)»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Drama, friendship
Fandom : Sherlock Holmes (livres)

Personnages
: Watson, Holmes, Mycroft Holmes
Rating : PG
Disclaimer : L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle

plume

Une affaire d’état

5ème partie – Voyage au bout de l’horreur

gribouillis

(Extrait des mémoires de John H Watson)

J’allai chercher un fauteuil. L’attente s’annonçait longue.

Je méditai sur le peu que m’avait révélé Mycroft. Il n’y avait pas tellement de personnages extrêmement haut placés et à l’esprit instable à la cour, deux ou trois noms me vinrent à l’esprit, tous, et un en particulier, qui touchaient de très près à la couronne…

— Non!

J’avais du m’assoupir, le cri me fit me sursauter et je me précipitai vers le lit.

— Non, ne faites pas ça!

Holmes était assis, les yeux grand ouverts, mais il ne semblait pas me voir, son regard  fiévreux était fixé sur le mur de la chambre, contre lequel il semblait voir se dérouler une scène d’horreur.

Je le pris dans mes bras. Il tremblait de tous ses membres, en proie à une agitation intense. Je tentai d’attirer son attention, tout en le maintenant fermement par les épaules, au risque de rouvrir sa blessure. Une éternité passa avant que son regard ne retrouve sa lucidité. Il secoua la tête, me regarda comme s’il ne m’avait jamais vu, et tout à coup, il me reconnut.

— Watson! Oh Watson!

— Je suis là mon ami, c’est fini!

— Fini?

Pour la première fois, il regarda autour de lui, et grimaça en portant sa main valide à sa tête.

— Est-ce qu’il…

— Il est mort, Holmes, Mycroft vous a amené chez moi, tout ira bien maintenant… Vous avez réussi, mon ami.

— Réussi? Non Watson, je n’ai pas réussi à sauver cette pauvre fille… Si vous saviez… Il… J’aurais du…

Sa voix se brisa dans un gémissement rauque. Je n’aurais jamais cru pouvoir voir Holmes dans un état pareil un jour. Il m’avait toujours semblé si froid, si maître de lui en toute circonstance!

— Mais grâce à vous, il n’y en aura plus d’autres… Vous avez fait tout ce qui était humainement possible, vous avez failli y laisser votre vie…

— L’enfer, Watson, c’était l’enfer. Elle a plongé son regard dans le mien lorsqu’il l’a égorgée. C’était l’horreur absolue, elle a emporté un peu de mon âme avec elle en mourant. Ce qui a suivi…

Il ferma les yeux, et une larme perla au coin de ses paupières. Après un moment, il reprit son récit.

— Je me suis laissé avoir. Je le traquais depuis des jours. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle l’emmène chez elle… d’habitude les prostituées de l’East End pratiquent leur commerce dehors, le plus souvent contre un mur, au fond d’une cour. Elle avait une chambre à elle, un luxe pour ces pauvres filles, et ne se prostituait qu’occasionnellement, lorsqu’elle n’avait plus d’argent pour payer son loyer. Il devait lui rester un semblant de pudeur, elle l’a fait entrer. J’ai du me trahir dans ma précipitation à les rejoindre. Lorsque j’ai ouvert la porte, il m’attendait, il m’a assommé avec le tisonnier. Je ne comprends toujours pas pourquoi il ne m’a pas achevé… je pense que ce pauvre hère n’était pas un meurtrier dans l’âme, il était manipulé par un esprit maléfique, il se croyait investi d’une mission divine et ne s’en prenait qu’aux prostituées. Le tout est que lorsque je suis revenu à moi, j’étais ligoté dans un coin de la chambre. La fille était attachée au lit, nue, et il était en train de brûler ses vêtements dans la cheminée. Lorsqu’il a eu fini, il est revenu vers elle. Il a dit « ce soir, je vais enfin pouvoir prendre mon temps, tu seras mon chef-d’œuvre et Satan sera vaincu ». Il l’a caressée un moment avec son couteau. Il a ajouté « n’aies pas peur, tu ne souffriras pas, et grâce à toi, la ville sera enfin purifiée du vice », puis il l’a égorgée. Lorsqu’elle a été morte il a coupé ses liens et a entrepris de… Oh Watson, pendant un moment, j’ai cru devenir fou, je ne sais par quel miracle de volonté j’ai réussi à me ressaisir. J’ai rampé vers la cheminée, dans son exaltation, il semblait avoir oublié ma présence. Il y avait du sang partout, sur le lit, sur le plancher, sur les murs, il en avait même giclé jusqu’au plafond.

Je frottai mes liens contre le fer d’un chenet et réussi à les user suffisamment pour pouvoir me libérer. Je ne sais combien ce cauchemar a duré, je ne pouvais détacher mon regard de cette abomination. J’aurais voulu pouvoir fermer les yeux, mais j’étais comme hypnotisé, comme… comme un oiseau fasciné par un serpent. Il l’a éventrée, découpé ses seins, défigurée, de larges morceaux de chair atterrirent près de moi sur le sol… Le temps paraissait s’écouler au ralenti. Il disposait les pauvres restes en guirlandes dans la pièce, éparpillait les organes… Oh mon Dieu, c’était… c’était…

Lorsque je fus enfin libre, je me redressai avec quelques difficultés à cause de mes membres engourdis, il en profita pour me sauter dessus. Nous nous sommes battus au milieu de ce carnage, Watson, glissant dans les flaques de sang, roulant dans l’abominable mare jonchée de débris … Lorsque je parle d’enfer, je crois que le mot est encore trop faible.

A un moment, il réussit à ouvrir la porte pendant que je me relevais et il s’enfuit en courant. Je le poursuivis jusque sur les quais déserts et réussis à l’agripper, il avait toujours son couteau. Je réussis à le lui arracher, non sans qu’il m’en ait d’abord porté une estocade au côté. C’est alors que j’entendis claquer un coup de feu, je titubai sous l’impact et tombai à genoux, ce qui me fit perdre quelques précieuses secondes. Il en profita pour s’emparer d’un madrier et avant que j’aie pu me relever complètement, m’en assena un tel coup que je sentis littéralement mes os exploser. Ma vue se brouilla et je me sentis près de perdre connaissance, mais le souvenir du martyre de cette pauvre fille me donna la rage nécessaire pour réagir malgré mes blessures, et je me jetai sur lui dans un dernier élan désespéré. Je savais que si je ne réussissais pas à avoir raison de lui cette fois-là, il ne me laisserait aucune chance. Vous me dites qu’il est mort, mais je n’ai aucun souvenir de la fin du combat. J’ai du m’écrouler en même temps que lui.

Un silence pesant se fit pendant quelques instants, puis Holmes se remit à parler.

— Je ne sais pas qui m’a tiré dessus, son complice avait été mis hors d’état de nuire…

— Il s’est évadé hier soir, Holmes, mais il a été repris sur les quais.

— Ce pervers devait se repaître du « spectacle » à travers la fenêtre, lorsqu’il a vu que cela tournait mal, il nous aura suivi de loin…

Je ne me sens pas le courage de vous en raconter plus, Watson, vous trouverez sans nul doute tout à l’heure dans la presse des descriptions plus détaillées que celle que je vous ai faite. Je ne veux pas avoir à revivre cette horreur encore une fois.

… Bien que j’ai bien peur de devoir l’affronter désormais à chaque fois que je fermerai les yeux.

Termina-t-il d’une voix assourdie.

Je restai hébété par ce récit. Je ne savais que dire. Qu’aurais-je pu dire? Y avait-il quelque chose à dire?

Holmes avait recommencé à fixer le vide devant lui, et peu à peu, ses paupières se baissèrent sur l’enfer que ses yeux continuaient à voir. Je l’aidai à s’allonger. Je ne sais s’il dormait ou s’il essayait de vider son esprit. Je retournai m’asseoir et repris ma veille. Le récit de Holmes me hantait, et des visions de terreur flottaient dans ma tête. Comment affronterait-il désormais sa solitude? L’angoisse de le voir plonger de plus en plus profond dans la cocaïne me serrait la poitrine comme dans un étau. Mary était entrée silencieusement, elle posa ses mains sur mes épaules et me serra contre elle. J’étouffai un sanglot contre sa poitrine. L’air se raréfiait autour de moi, j’étais déchiré entre mon amour pour elle et mon amitié pour Holmes comme jamais je ne l’avais été. J’étais perdu.

— Nous veillerons sur lui, John, il est fort, il a une volonté hors du commun, et tant que tu seras là pour lui, il ira bien.

Je la regardai avec reconnaissance. Elle connaissait le problème de Holmes avec la drogue, et même sans avoir assisté à la scène qui venait de se dérouler, elle était assez intelligente pour avoir immédiatement compris la gravité de ce qui était arrivé… et pour avoir fait le rapport avec les premières pages des journaux qu’elle me tendait à présent.

Lorsque Mycroft revint, en début d’après-midi, Holmes était toujours dans le même état, et je refusai de le réveiller. Mary prit ma place à son chevet, le temps que j’aille m’entretenir avec mon visiteur. Je lui relatai tout dans le moindre détail, le délire, le réveil, puis le récit de son frère, et lui demandai comme une grâce de ne pas obliger celui-ci à raconter une fois de plus le cauchemar qu’il venait de vivre. A mon grand étonnement, il accéda sans trop rechigner à ma requête. Il avait même l’air presque soulagé, et j’eus encore une fois le sentiment qu’il me cachait quelque chose. Qu’avait-il peur de réveiller dans la mémoire de son cadet? Pourquoi le simple mot « maman »*, somme toute bien naturel (en effet, l’être humain confronté à l’horreur absolue a tendance à régresser, afin de se protéger, jusqu’aux émotions les plus primitives), avait-il déclenché chez lui une telle réaction?

***

Epilogue

***

Plusieurs semaines ont passé depuis ces tragiques événements. Londres est enfin apaisée et la parenthèse « Jack l’éventreur » semble refermée à jamais. Après quelques jours, Holmes est rentré à Baker Street ou madame Hudson le soigne comme un coq en pâte. Je lui rends visite plusieurs fois par semaine, et il semble supporter le choc mieux que je m’y attendais, mais comment savoir avec cet homme depuis si longtemps passé maître dans la discipline de ses émotions?

Jamais nous n’avons reparlé des événements de Whitechapel, mais je surprends parfois son regard se perdre dans le lointain et ses traits se contracter douloureusement,  j’ai alors la certitude qu’il retourne une fois encore en enfer, et je souffre de ne pouvoir rien faire pour l’aider.

Pour ma part, je sais qu’en écrivant ce carnet, je me suis mis hors-la-loi, et j’espère que jamais personne n’en aura connaissance tant qu’un seul des protagonistes de cette affaire sera encore en vie. Mais après ce que m’avait dit Mycroft, j’ai cru de mon devoir de relater le peu qu’il m’en était donné de savoir pour la postérité… Je me demande même si en insistant autant sur le fait qu’aucune archive n’en garderai la trace, il ne m’incitait pas de manière détournée à faire ce que je suis en train de faire.

On m’a souvent demandé pourquoi Sherlock Holmes ne s’était jamais occupé du cas de Jack l’éventreur, et j’ai bien du inventer des dizaines d’explications, aussi fantaisistes les unes que les autres, mais je voudrais que les futures générations sachent qu’un homme a découvert le vrai visage du monstre et l’a suivi jusqu’au plus profond du pire des abîmes jamais engendrés par un esprit humain, pour en délivrer le monde. Et que cet homme-là s’appelait Sherlock Holmes. C’est une bien pauvre justice à lui rendre, en regard de ce qu’il a subi, et avec quoi il sera obligé de vivre pour le restant de ses jours.

Londres, le 23 décembre 1888

Notes de l’éditeur :
*Les mots en italiques suivis d’un astérisque sont en français dans le texte

TBC

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